Le rôle des policiers selon Gbagbo Laurent
Vous êtes des policiers, vous n’êtes pas des juges... Moi, mon père était militaire et après policier, donc je connais le rôle des policiers…Vos ennemis, ce sont tous ceux qui sont contre la République.Tous ceux qui veulent installer la chienlit, le désordre. Tous ceux qui veulent troubler les élections. Battez-vous contre le désordre, contre la chienlit… Ne réfléchissez pas, ce sont les juges qui réfléchissent. Vous êtes des combattants du respect de l’ordre public. S’il y a des dégâts, les juges rétabliront tout. La République se construit avec les Forces de l’ordre, avec les forces de combat… Moi, j’ai les bras de la République. Quand le moment arrive pour que je lance mes bras, je les lance.
Matez tous ceux qui sèment le désordre et après on réfléchira … Matez, matez, tous ceux qui sont contre la République... Moi, mon père était militaire et après policier, donc je connais le rôle des policiers…Votre rôle n’est pas de réfléchir comme les juges. Ce sont les commissaires qui réfléchissent à votre place… Vous, votre rôle, c’est de mater, de mater…Le policier ne doit pas réfléchir… Il doit taper et s’il y a des erreurs, s’il y a des problèmes nous allons arranger…
Gbagbo Laurent, Chef de l'Etat ivoirien, à l'occasion de l'installation de la CRS 3 à Divo le vendredi 27 Août 2010
lundi 6 juillet 2009
Côte d'Ivoire : les impératifs de sortie de crise
SYNTHESE
Le 4 mars 2007, les deux principaux protagonistes de la crise ivoirienne signaient l’accord politique de Ouagadougou (APO). Ce compromis a, dans un premier temps, apporté un environnement de paix en Côte d’Ivoire. La ligne de démarcation entre les deux protagonistes a été démantelée. Un nouveau gouvernement a été formé et les bases ont été jetées pour apporter une réponse aux deux questions-clés du conflit : l’identité et la citoyenneté ivoiriennes et la légitimité du pouvoir. Mais, plus de deux ans après son adoption, l’APO va mal. Une sortie de crise sera possible uniquement si les engagements pris dans la capitale burkinabé sont enfin suivis d’effets. Sortir la Côte d’Ivoire de sa décennie de crise ne nécessitera pas seulement l’organisation d’élections crédibles mais impliquera également des progrès significatifs dans le processus de désarmement ainsi qu’une véritable réunification de l’administration. Ceci demandera la remobilisation de la facilitation burkinabé et une pression accrue des partenaires internationaux sur les acteurs du conflit.
Les responsables ivoiriens sont aujourd’hui au pied du mur. Ils disposent d’un semestre pour organiser des élections libres et transparentes et procéder au désarmement de plusieurs milliers de combattants. Un nouveau report du scrutin serait fatal à l’APO. L’absence d’un démantèlement des groupes armés, au moins partiel, laisserait planer la menace de graves troubles postélectoraux.
Les opérations d’enrôlement et d’identification se sont officiellement achevées le 30 juin sans atteindre leur but initial. Entamée en septembre 2008, ces opérations complexes et mal conçues ont souffert de la mauvaise gestion de leurs organisateurs. Le financement de leurs structures techniques a été volontairement ralenti par le clan présidentiel qui estime dans son intérêt de retarder au maximum les élections. Après un nouveau report le 30 novembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé en janvier 2009 aux protagonistes ivoiriens de fournir rapidement un calendrier électoral réaliste. Une nouvelle date a finalement été annoncée en mai. Cette date pour ce qui sera probablement le premier tour de la présidentielle, le 29 novembre 2009, reste cependant hypothétique. Pour être au rendez-vous, les structures chargées de l’organisation de l’élection devront s’acquitter d’une tâche considérable et dramatiquement améliorer leurs procédures de travail.
Les deux autres grandes priorités de l’APO accusent aussi un retard inquiétant. Le désarmement des combattants s’est borné à quelques opérations médiatisées de destruction d’armes légères. Chacun des deux camps maintient en place des forces significatives et continue de faire entrer du matériel militaire sur le territoire ivoirien, en violation de l’embargo sur les armes de l’ONU. Ceci représente une menace réelle pour le processus électoral, et permettra aux deux parties d’intimider physiquement les électeurs, de manipuler les résultats du scrutin ou même de les contester violemment. Du coté des rebelles des Forces nouvelles, 5 000 combattants attendent toujours leur intégration dans la nouvelle armée et les commandants de zones (« com’
zones ») de l’ancienne zone nord sont toujours entourés de gardes rapprochées comptant parfois plusieurs centaines d’éléments. Les milices loyalistes de Laurent Gbagbo, fortes de 20 000 hommes, n’ont pas été démantelées ni les groupements de « Jeunes patriotes » à Abidjan dissouts.
Le redéploiement de l’administration n’a été opéré que partiellement sur l’ensemble du territoire. Le 26 mai, les « com’zones » ont certes remis leurs pouvoirs administratifs aux préfets. Cette décision très symbolique doit cependant être suivie rapidement par la dotation des moyens logistiques et financiers leur permettant de travailler. On peut aussi s’inquiéter du fait que les « com’zones », qui ne respectent plus les ordres de Premier ministre Guillaume Soro, qui tente de préserver l’unité des Forces nouvelles, aient été dépouillés de leurs fonctions administratives mais pas de leur mission sécuritaire.
A cet ensemble de blocages s’ajoute un contexte économique très difficile, dû à l’absence de bonne gouvernance autant qu’au contexte actuel de crise économique mondiale. La Côte d’Ivoire se paupérise et la misère est pour des milliers de jeunes hommes une bonne raison de ne pas déposer les armes, ou pourrait en devenir une autre de les reprendre.
L’ensemble de la communauté internationale et l’ONU assistent à la fois impuissants et las à l’enlisement de l’APO. Ils ont été exclus d’un accord politique signé entre des dirigeants africains. Ils leur restent l’argent comme ultime moyen de pression. Le retard et les ratés du processus de sortie de crise ont même poussé certains à réfléchir sur l’utilité de leur présence dans le pays. La France a ainsi rapatrié prématurément une partie importante des troupes de l’opération Licorne. La facilitation burkinabé joue, quasiment seule, le rôle ingrat d’arbitre et d’aiguillon du processus. Jusqu’à maintenant, sa stratégie a été celle de la prudence. Le temps presse. Elle doit maintenant générer un nouveau momentum et adopter une attitude plus ferme, particulièrement à l’égard des « com’zones » et des milices loyalistes.
Pour que cet accord puisse enfin aller à son terme, les mesures suivantes doivent être prises :
* Concernant le processus électoral. Les opérations de traitements des données doivent débuter au plus vite dans 68 centres de traitement informatique prévus à cet effet. Un plan détaillé de distribution des cartes d’électeurs doit rapidement être présenté par la Commission électorale indépendante (CEI) et l’opérateur technique privé partenaire, qui doit précéder leur distribution par une campagne d’information des populations ciblées leur indiquant précisément où et comment elles pourront retirer leurs cartes d’électeurs. Le Premier ministre doit assumer véritablement son rôle de « chef d’orchestre » du processus électoral, en s’entourant d’une équipe capable de coordonner l’ensemble des opérations qui conduiront aux élections.
* Concernant le désarmement. Gbagbo et Soro doivent prendre la responsabilité d’accélérer l’intégration de leurs forces respectives au sein des forces communes de police et de gendarmerie et de la nouvelle armée nationale, qui prévoit l’intégration de 5 000 ex-rebelles. Les deux protagonistes doivent enfin s’engager dans un désarmement réel en procédant à un abandon partiel et simultané de leurs stocks d’armes et de munitions.
* Concernant l’administration. Le Premier ministre doit modifier en profondeur son cabinet actuel en choisissant des collaborateurs plus expérimentés et plus compétents. Une seule administration doit être présente sur l’ensemble du territoire au cours du semestre à venir. Dans la zone ultérieurement tenue par les rebelles, les préfets et les mairies doivent être dotés des moyens logistiques et nécessaires pour restaurer l’autorité civile de l’Etat. Le contrôle des frontières septentrionales du pays doit être assuré par des policiers et des douaniers de l’Etat ivoirien et non plus par des ex-rebelles.
* Le Conseil de sécurité doit accentuer sa pression sur les responsables ivoiriens. Paris doit faire pression sur les responsables ivoiriens en conditionnant la reprise de l’ensemble de la coopération à la tenue d’élections libres et transparentes ainsi qu’à une période post-électorale pacifique. La facilitation burkinabé devrait être renforcée et, avec l’aide du Premier ministre Soro, engager une négociation directe avec chaque « com’zone » pour réussir leur intégration, et avec celle de Laurent Gbagbo le désarmement des différentes milices loyalistes.
Pour le rapport complet cliquez ici
International Crisis Group
Le 4 mars 2007, les deux principaux protagonistes de la crise ivoirienne signaient l’accord politique de Ouagadougou (APO). Ce compromis a, dans un premier temps, apporté un environnement de paix en Côte d’Ivoire. La ligne de démarcation entre les deux protagonistes a été démantelée. Un nouveau gouvernement a été formé et les bases ont été jetées pour apporter une réponse aux deux questions-clés du conflit : l’identité et la citoyenneté ivoiriennes et la légitimité du pouvoir. Mais, plus de deux ans après son adoption, l’APO va mal. Une sortie de crise sera possible uniquement si les engagements pris dans la capitale burkinabé sont enfin suivis d’effets. Sortir la Côte d’Ivoire de sa décennie de crise ne nécessitera pas seulement l’organisation d’élections crédibles mais impliquera également des progrès significatifs dans le processus de désarmement ainsi qu’une véritable réunification de l’administration. Ceci demandera la remobilisation de la facilitation burkinabé et une pression accrue des partenaires internationaux sur les acteurs du conflit.
Les responsables ivoiriens sont aujourd’hui au pied du mur. Ils disposent d’un semestre pour organiser des élections libres et transparentes et procéder au désarmement de plusieurs milliers de combattants. Un nouveau report du scrutin serait fatal à l’APO. L’absence d’un démantèlement des groupes armés, au moins partiel, laisserait planer la menace de graves troubles postélectoraux.
Les opérations d’enrôlement et d’identification se sont officiellement achevées le 30 juin sans atteindre leur but initial. Entamée en septembre 2008, ces opérations complexes et mal conçues ont souffert de la mauvaise gestion de leurs organisateurs. Le financement de leurs structures techniques a été volontairement ralenti par le clan présidentiel qui estime dans son intérêt de retarder au maximum les élections. Après un nouveau report le 30 novembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé en janvier 2009 aux protagonistes ivoiriens de fournir rapidement un calendrier électoral réaliste. Une nouvelle date a finalement été annoncée en mai. Cette date pour ce qui sera probablement le premier tour de la présidentielle, le 29 novembre 2009, reste cependant hypothétique. Pour être au rendez-vous, les structures chargées de l’organisation de l’élection devront s’acquitter d’une tâche considérable et dramatiquement améliorer leurs procédures de travail.
Les deux autres grandes priorités de l’APO accusent aussi un retard inquiétant. Le désarmement des combattants s’est borné à quelques opérations médiatisées de destruction d’armes légères. Chacun des deux camps maintient en place des forces significatives et continue de faire entrer du matériel militaire sur le territoire ivoirien, en violation de l’embargo sur les armes de l’ONU. Ceci représente une menace réelle pour le processus électoral, et permettra aux deux parties d’intimider physiquement les électeurs, de manipuler les résultats du scrutin ou même de les contester violemment. Du coté des rebelles des Forces nouvelles, 5 000 combattants attendent toujours leur intégration dans la nouvelle armée et les commandants de zones (« com’
zones ») de l’ancienne zone nord sont toujours entourés de gardes rapprochées comptant parfois plusieurs centaines d’éléments. Les milices loyalistes de Laurent Gbagbo, fortes de 20 000 hommes, n’ont pas été démantelées ni les groupements de « Jeunes patriotes » à Abidjan dissouts.
Le redéploiement de l’administration n’a été opéré que partiellement sur l’ensemble du territoire. Le 26 mai, les « com’zones » ont certes remis leurs pouvoirs administratifs aux préfets. Cette décision très symbolique doit cependant être suivie rapidement par la dotation des moyens logistiques et financiers leur permettant de travailler. On peut aussi s’inquiéter du fait que les « com’zones », qui ne respectent plus les ordres de Premier ministre Guillaume Soro, qui tente de préserver l’unité des Forces nouvelles, aient été dépouillés de leurs fonctions administratives mais pas de leur mission sécuritaire.
A cet ensemble de blocages s’ajoute un contexte économique très difficile, dû à l’absence de bonne gouvernance autant qu’au contexte actuel de crise économique mondiale. La Côte d’Ivoire se paupérise et la misère est pour des milliers de jeunes hommes une bonne raison de ne pas déposer les armes, ou pourrait en devenir une autre de les reprendre.
L’ensemble de la communauté internationale et l’ONU assistent à la fois impuissants et las à l’enlisement de l’APO. Ils ont été exclus d’un accord politique signé entre des dirigeants africains. Ils leur restent l’argent comme ultime moyen de pression. Le retard et les ratés du processus de sortie de crise ont même poussé certains à réfléchir sur l’utilité de leur présence dans le pays. La France a ainsi rapatrié prématurément une partie importante des troupes de l’opération Licorne. La facilitation burkinabé joue, quasiment seule, le rôle ingrat d’arbitre et d’aiguillon du processus. Jusqu’à maintenant, sa stratégie a été celle de la prudence. Le temps presse. Elle doit maintenant générer un nouveau momentum et adopter une attitude plus ferme, particulièrement à l’égard des « com’zones » et des milices loyalistes.
Pour que cet accord puisse enfin aller à son terme, les mesures suivantes doivent être prises :
* Concernant le processus électoral. Les opérations de traitements des données doivent débuter au plus vite dans 68 centres de traitement informatique prévus à cet effet. Un plan détaillé de distribution des cartes d’électeurs doit rapidement être présenté par la Commission électorale indépendante (CEI) et l’opérateur technique privé partenaire, qui doit précéder leur distribution par une campagne d’information des populations ciblées leur indiquant précisément où et comment elles pourront retirer leurs cartes d’électeurs. Le Premier ministre doit assumer véritablement son rôle de « chef d’orchestre » du processus électoral, en s’entourant d’une équipe capable de coordonner l’ensemble des opérations qui conduiront aux élections.
* Concernant le désarmement. Gbagbo et Soro doivent prendre la responsabilité d’accélérer l’intégration de leurs forces respectives au sein des forces communes de police et de gendarmerie et de la nouvelle armée nationale, qui prévoit l’intégration de 5 000 ex-rebelles. Les deux protagonistes doivent enfin s’engager dans un désarmement réel en procédant à un abandon partiel et simultané de leurs stocks d’armes et de munitions.
* Concernant l’administration. Le Premier ministre doit modifier en profondeur son cabinet actuel en choisissant des collaborateurs plus expérimentés et plus compétents. Une seule administration doit être présente sur l’ensemble du territoire au cours du semestre à venir. Dans la zone ultérieurement tenue par les rebelles, les préfets et les mairies doivent être dotés des moyens logistiques et nécessaires pour restaurer l’autorité civile de l’Etat. Le contrôle des frontières septentrionales du pays doit être assuré par des policiers et des douaniers de l’Etat ivoirien et non plus par des ex-rebelles.
* Le Conseil de sécurité doit accentuer sa pression sur les responsables ivoiriens. Paris doit faire pression sur les responsables ivoiriens en conditionnant la reprise de l’ensemble de la coopération à la tenue d’élections libres et transparentes ainsi qu’à une période post-électorale pacifique. La facilitation burkinabé devrait être renforcée et, avec l’aide du Premier ministre Soro, engager une négociation directe avec chaque « com’zone » pour réussir leur intégration, et avec celle de Laurent Gbagbo le désarmement des différentes milices loyalistes.
Pour le rapport complet cliquez ici
International Crisis Group
vendredi 26 juin 2009
Agression d'un cadre supérieur de santé au CHR de Divo : ce qui s'est réellement passé.
Le Jeudi 11 Juin 2009 le collectif national des syndicats de santé signataires du préavis de grève ont rendu une visite de mobilisation à la section de Divo. Après cette rencontre, un groupe de quatre cadres supérieurs de la santé a été reçu par le Directeur du CHR. Au cours de cet entretien, je lui ai signifié la fermeture du laboratoire, de l’imagerie médicale et de la pharmacie pendant la grève, de même que la mise en place d’un service minimum. Il nous a répondu qu’il prenait acte et qu’en tant que Directeur du CHR de Divo il n’a aucun commentaire à faire sur une grève nationale.
Ainsi, depuis le début de la grève, du Lundi 15 Juin 2009 jusqu’au Dimanche 21 Juin 2009 inclus, le Directeur du CHR n’a manifesté aucune inquiétude par rapport à la fermeture de la pharmacie.
Ce n’est que le Lundi 22 Juin 2009, pendant le piquet de grève que le pharmacien, camarade SEKA Yapo Claude, nous soumet une requête sur instruction du Directeur du CHR concernant l’ouverture de la pharmacie sous prétexte que dans les autres villes les pharmacies sont ouvertes. Au cours du débat, le camarade MEITE Mamadou reçoit un appel du Directeur du CHR lui demandant de faire ouvrir la pharmacie sinon il saisira le Préfet de région pour faire venir la police et la gendarmerie. Quelques instants après, il appelle le pharmacien et celui-ci me passe la communication. Alors je saisi cette opportunité pour lui demander si effectivement il nous menace de faire venir la police et la gendarmerie. Chose qu’il nia. Je lui dis alors que comme actuellement il est à Abidjan, nous en discuterons à son retour.
C’est ainsi que le Mardi 22 Juin 2009, à mon arrivée au CHR pour le piquet de grève, j’ai remarqué la présence d’un groupe d’une quinzaine de jeunes dans la cours. Informations prises, ces jeunes sont venus rencontrer le Directeur du CHR. Nous avons tenu normalement notre piquet de grève. Au cours de ce piquet (le piquet se tient devant la pharmacie), trois de ces jeunes sont rentrés dans la salle pour vérifier l’effectivité de l’ouverture de la pharmacie.
Ce jour là, le piquet s’est achevé à 12 heures 15 minutes. Au moment où nous nous apprêtions à regagner nos domiciles respectifs, le gestionnaire du CHR nous approche pour nous signifier que le Directeur veut nous rencontrer après son entretien avec les jeunes patriotes. J’ai fait savoir à l’envoyé du Directeur que nous ne pouvant pas attendre plus de 10 minutes. Quelques instant après, le Directeur lui-même vient nous chercher pour l’entretien.
Au début de cette rencontre, j’ai fortement insisté pour qu’il reconnaisse les menaces à nous proférer au téléphone. Ce qu’il fini par admettre au bout d’une dizaine de minutes de "ping-pong" verbal. Pendant cette rencontre, je reçois un appel du camarade AKPES Essoh, membre du bureau exécutif national du SYNACASS-CI. Sorti au secrétariat pour répondre à cette communication, grande fut ma surprise de voir amasser à l’entrée du secrétariat ce groupe de jeune et d’entendre : « c’est pas lui le Docteur KASSI », et un autre de répondre : « mais si c’est lui ». Aussitôt, ils avancèrent vers moi en lançant des coups de poing, que miraculeusement j’ai pu esquiver, en faisant du bruit. C’est ainsi que alertés, les autres sortir du bureau du Directeur pour s’interposer. C’est à ce moment qu’ils ont commencés à nous proférer des menaces dans le genre « de toutes les façons on connaît vos maisons, on va les brûler, on va vous tuer, etc.… ». Après ces menaces, ils se retirèrent dans la cour jouxtant l’administration. Une fois retournés dans le bureau du Directeur, je lui ai demandé d’appeler la police pour venir assurer notre sécurité. Ce qu’il refusa. Nous sommes donc restés dans le bureau pendant environ une heure, le temps que lui et le gestionnaire arrivent à calmer les jeunes patriotes.
Par ailleurs, le Lundi 15 Juin 2009, Ne voyant pas le camarade ABOUDI Fabien au piquet de grève, nous sommes allés le rencontrer dans son bureau pour comprendre ces motivations et sa position concernant la grève. Au cours de cette chaude discussion, un groupe de quatre jeunes se réclamant de la galaxie patriotique ont fait irruption dans le bureau du camarade ABOUDI Fabien pour nous menacer. Menace que nous n’avons pas considérés.
Voici Chers lecteurs, le déroulement des évènements douloureux que nous avons vécu le Mardi 23 Juin 2009.
Ainsi, depuis le début de la grève, du Lundi 15 Juin 2009 jusqu’au Dimanche 21 Juin 2009 inclus, le Directeur du CHR n’a manifesté aucune inquiétude par rapport à la fermeture de la pharmacie.
Ce n’est que le Lundi 22 Juin 2009, pendant le piquet de grève que le pharmacien, camarade SEKA Yapo Claude, nous soumet une requête sur instruction du Directeur du CHR concernant l’ouverture de la pharmacie sous prétexte que dans les autres villes les pharmacies sont ouvertes. Au cours du débat, le camarade MEITE Mamadou reçoit un appel du Directeur du CHR lui demandant de faire ouvrir la pharmacie sinon il saisira le Préfet de région pour faire venir la police et la gendarmerie. Quelques instants après, il appelle le pharmacien et celui-ci me passe la communication. Alors je saisi cette opportunité pour lui demander si effectivement il nous menace de faire venir la police et la gendarmerie. Chose qu’il nia. Je lui dis alors que comme actuellement il est à Abidjan, nous en discuterons à son retour.
C’est ainsi que le Mardi 22 Juin 2009, à mon arrivée au CHR pour le piquet de grève, j’ai remarqué la présence d’un groupe d’une quinzaine de jeunes dans la cours. Informations prises, ces jeunes sont venus rencontrer le Directeur du CHR. Nous avons tenu normalement notre piquet de grève. Au cours de ce piquet (le piquet se tient devant la pharmacie), trois de ces jeunes sont rentrés dans la salle pour vérifier l’effectivité de l’ouverture de la pharmacie.
Ce jour là, le piquet s’est achevé à 12 heures 15 minutes. Au moment où nous nous apprêtions à regagner nos domiciles respectifs, le gestionnaire du CHR nous approche pour nous signifier que le Directeur veut nous rencontrer après son entretien avec les jeunes patriotes. J’ai fait savoir à l’envoyé du Directeur que nous ne pouvant pas attendre plus de 10 minutes. Quelques instant après, le Directeur lui-même vient nous chercher pour l’entretien.
Au début de cette rencontre, j’ai fortement insisté pour qu’il reconnaisse les menaces à nous proférer au téléphone. Ce qu’il fini par admettre au bout d’une dizaine de minutes de "ping-pong" verbal. Pendant cette rencontre, je reçois un appel du camarade AKPES Essoh, membre du bureau exécutif national du SYNACASS-CI. Sorti au secrétariat pour répondre à cette communication, grande fut ma surprise de voir amasser à l’entrée du secrétariat ce groupe de jeune et d’entendre : « c’est pas lui le Docteur KASSI », et un autre de répondre : « mais si c’est lui ». Aussitôt, ils avancèrent vers moi en lançant des coups de poing, que miraculeusement j’ai pu esquiver, en faisant du bruit. C’est ainsi que alertés, les autres sortir du bureau du Directeur pour s’interposer. C’est à ce moment qu’ils ont commencés à nous proférer des menaces dans le genre « de toutes les façons on connaît vos maisons, on va les brûler, on va vous tuer, etc.… ». Après ces menaces, ils se retirèrent dans la cour jouxtant l’administration. Une fois retournés dans le bureau du Directeur, je lui ai demandé d’appeler la police pour venir assurer notre sécurité. Ce qu’il refusa. Nous sommes donc restés dans le bureau pendant environ une heure, le temps que lui et le gestionnaire arrivent à calmer les jeunes patriotes.
Par ailleurs, le Lundi 15 Juin 2009, Ne voyant pas le camarade ABOUDI Fabien au piquet de grève, nous sommes allés le rencontrer dans son bureau pour comprendre ces motivations et sa position concernant la grève. Au cours de cette chaude discussion, un groupe de quatre jeunes se réclamant de la galaxie patriotique ont fait irruption dans le bureau du camarade ABOUDI Fabien pour nous menacer. Menace que nous n’avons pas considérés.
Voici Chers lecteurs, le déroulement des évènements douloureux que nous avons vécu le Mardi 23 Juin 2009.
samedi 6 juin 2009
“Ça va aller” de Venance Konan
Ça y est. Jacob Zuma est le nouveau président de l'Afrique du sud. Ils sont nombreux, ceux que son élection n'a pas beaucoup rassuré. Mais l'Afrique du sud est un pays démocratique et la majorité a décidé. Elle a estimé qu'un homme, bien fait physiquement, qui a beaucoup de femmes et d'enfants, qui sait chanter et danser lors des meetings a toutes les qualités pour être le chef. C'était comme cela dans la plupart de nos sociétés traditionnelles. Personnellement je doute que cela soit suffisant en 2009 dans un pays aussi compliqué que l'Afrique du sud. Et j'ai du mal à faire confiance à un homme qui est poursuivi en justice pour viol et corruption, qui couche avec une femme qu'il sait séropositive, sans mettre de préservatif, et qui se contente de prendre une douche après. Et une petite voix me susurre que dans quelques années, l'Afrique du sud risque d'être comme tous les autres pays au sud du Sahara, c'est-à-dire n'importe quoi. Mais ne répétez à personne ce que je viens de dire. On me taxera d'afro-pessimiste. C'est très mal élevé, en Afrique, d'être afro-pessimiste. Le politiquement correct sur ce continent veut que l'on répète tous les jours " ça va aller. " Même quand tout est mis en œuvre pour que ça n'aille pas.
Dimanche : Comment s'y maintenir
Le président du Niger a décidé de changer la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Ses supporters estiment qu'il a commencé un bon boulot qu'il doit achever. Lorsqu'il arrivait à la tête du Niger, il était classé 165ème en matière de développement. Dix ans après, il est 174ème . Il a effectivement fait du très bon boulot. Et puis surtout le groupe français Areva va exploiter au Niger la plus grande mine d'uranium du monde. Beaucoup d'argent emplira forcément les poches de quelques boubous. Ce serait trop bête que ce soient les poches des autres.
Nos dirigeants n'ont qu'une seule obsession lorsqu'ils arrivent au pouvoir : s'y maintenir à vie. Il y a plusieurs méthodes pour ça. La plus en vogue en ce moment est la modification de la constitution. Une autre consiste à ne pas organiser d'élection. C'est celle qu'expérimente, avec un certain succès notre président bien-aimé. L'élection présidentielle aurait dû se tenir en 2005. A ce jour on ne sait toujours pas quand elle aura lieu. Mais pour appliquer cette méthode, il faut avoir une petite rébellion, pas très méchante, mais assez futée pour occuper une partie du territoire. Cela permet d'invoquer la constitution qui dit qu'on ne peut pas organiser d'élection quand le pays est en danger. Et, pour être à l'abri de tout mauvais coup de cette rébellion, on nomme son chef premier ministre, et quelques uns de ses amis ministres. On donne aussi quelques ministères à l'opposition et on laisse tout ce monde manger. Il est connu qu'on ne parle pas la bouche pleine. Et l'on peut ainsi prolonger son mandat indéfiniment.
Mais la meilleure méthode à mon avis est celle de Kadhafi. Chez lui, il n'y a jamais eu d'élection présidentielle. Parce qu'il n'y a pas de président en Libye. Non, chez lui, Kadhafi est le " Frère guide. " On n'élit pas un frère, surtout lorsqu'il est guide. Un frère, on l'a pour la vie.
Lundi : Histoire
Mon ami le peintre sénégalais Viyé Diba est venu faire une exposition à Abidjan. Nous nous sommes retrouvés à commenter les discours de Sarkozy et Ségolène à Dakar. Et nous sommes arrivés à la conclusion que Sarkozy n'avait fait que redire ce que nous disons tous les jours. Seulement ça ne devait pas venir de lui. Nous savons que nos pays sont très mal gérés, que nos élites sont corrompues, que nous ne travaillons pas beaucoup. Mais lorsque ça vient d'un Blanc, cela nous rappelle l'époque coloniale où les Blancs bottaient les fesses de nos parents en les traitant de fainéants et de couillons. Cela dit, j'ai relu ce que nos intellectuels ont répondu à Sarkozy. J'y ai vu que notre passé fut glorieux. Mais je n'y ai vu aucune ligne sur notre présent qui est loin d'être brillant, ni aucune clef pour en sortir, afin d'offrir aux prochaines générations d'autres rêves que celui de trouver une place dans la première pirogue en partance pour les îles Canaries ou Lampedusa. Tout compte fait, je crois que Sarkozy s'est planté à Dakar lorsqu'il a dit que nous ne sommes pas assez entrés dans l'histoire. Nous sommes bel et bien entrés dans notre histoire. Et nous n'en sommes plus ressortis.
Mardi : Résistance
Hier soir la télé a montré notre président bien-aimé en Afrique du sud. Il était à l'investiture de Zuma. Je l'aime beaucoup, notre président. Lorsque la rébellion éclata en 2002, personne ne donnait cher de sa peau. Il y eut à cette époque des escadrons de la mort qui tuèrent des dizaines de personnes supposées proches de l'opposition. Des gens de mauvaise foi accusèrent notre président bien-aimé d'être derrière ces escadrons, et on parla même de le faire juger par une cour pénale internationale. Notre président bien-aimé nia tout en bloc. Un humaniste comme lui, derrière des escadrons de la mort ? Quelle idée ! Ces escadrons disparurent aussitôt d'ailleurs. Mais c'était juste une coïncidence. En mars 2004, ses opposants voulurent organiser une marche. Il mit la police, la gendarmerie et l'armée dans la rue. On tira sur les manifestants. L'ONU dénombra plus de 120 morts. Le ministre de la sécurité d'alors dit que c'étaient des bandes parallèles qui avaient tué. On n'a jamais su qui c'était. Notre président bien-aimé est en train de construire de beaux palais à côté de ceux que notre premier président avait construits et qui sont aujourd'hui laissés à l'abandon. Les députés français Jack Lang et Jean Marie Le Guen sont venus le féliciter, et ils ont dit publiquement que construire de nouveaux palais, c'est exactement ce qu'il faut faire, surtout en ce moment. Et notre président bien-aimé les a amenés danser dans une boîte de nuit. Le lendemain la police a tiré sur les femmes qui manifestaient contre la vie chère. Il y eut deux morts. Il est vraiment fort notre président bien-aimé. Il a résisté à tout. A la rébellion, aux tentatives de coups d'Etat, à la France... Il faut dire qu'il avait eu une bonne formation. Rester marié à Simone pendant près de trente ans, ça aide à résister à tout.
Mercredi : L'Afrique brillera...
Jean Ping, le président de la commission de l'Union africaine publiera bientôt un livre intitulé " Quand l'Afrique brillera de mille feux. " Il faut que je vous explique notre Union africaine. Au début de nos indépendances, nos chefs eurent l'idée de créer une organisation qui nous aiderait à nous développer plus vite. On l'appela l'Organisation de l'Unité Africaine. Mais quelque 40 ans plus tard, nous constatâmes que nous n'étions pas plus développés qu'avant. Alors, sous l'impulsion du Frère guide Kadhafi, nous décidâmes de faire comme l'Europe. Elle a son Union européenne qui marche très bien. Nous créâmes donc notre Union africaine, avec une commission et un président, des commissaires, vraiment comme l'Union européenne. Mais nous avions remarqué que l'Europe s'était faite lentement. Or nous étions pressés. Aussi notre Union engloba en une fois tous les pays du continent. On mit donc ensemble les pays fauchés (il y en a beaucoup), les pays riches (si, si, il y en a quelques uns), les dictatures (il y en a beaucoup), les pays démocratiques (si, si, il y en a quelques uns), les Arabes, les Zoulous, les Berbères, les Bantou, les Haoussa, ceux qui s'aiment, ceux qui se détestent, ceux qui se font la guerre, ceux qui font la guerre à leurs propres peuples, bref, on mit tout le monde ensemble, on secoua bien, et puis...Ben, ça ne marche toujours pas. J'y comprends plus rien. Et pourtant nous avons choisi cette année le très éclairé Frère guide Kadhafi pour diriger cette Union. Il doit y avoir de la sorcellerie en dessous.
Jeudi : ...de mille feux de brousse
" Quand l'Afrique brillera de mille feux ", qu'il dit, Jean Ping. Et je vois les têtes de nos brillants guides. Bongo qui a bouclé 41 ans de pouvoir, Kadhafi qui se fait appeler le roi des rois d'Afrique, Biya qui passe plus de temps en Europe que dans son Cameroun qu'il est censé diriger, Laurent Gbagbo qui rigole tout le temps et fait rigoler tout le monde quand il pleure à la télé, Yayah Jammeh toujours attifé comme un clown, Omar El Béchir et Mugabe qui ne font rire personne, le président bissau-guinéen découpé à la machette, le roi du Swaziland qui épouse chaque année une nouvelle femme, il doit en être à la 13ème ou 14ème (lui, il a bien compris que l'important sur cette terre de misère, c'est l'amour. Make love, not war.). Et je vois les rebelles de mon pays avec leurs amulettes aux poignets et leurs téléphones cellulaires accrochés au cou, les millions de morts du Kivu, nos femmes passant leurs journées à piler le mil ou le foutou, nos paysans courbés sous le soleil avec pour seuls instruments de travail la daba et la machette. Et je revois ces quatre charmantes chiottes construites au bord du lac Ahémé au Bénin. Il était écrit dessus " financement : coopération française. " Alors, en vérité, en vérité, je vous le dis, mes frères Africains, tant que nous n'aurons pas libéré nos femmes et nos paysans, et surtout, tant que nous attendrons que ce soient les Blancs qui nous construisent des chiottes, nous ne serons pas sortis de notre merde de si tôt. Et les feux dont parle M. Ping risquent de n'être que des feux de brousse.
Vendredi : C'est louche
J'ai appris que le train qui relie Dakar et Bamako a déraillé. Je l'ai emprunté une fois, il y a quelques années. Il avait démarré à l'heure précise. " C'est louche, m'avait dit mon voisin de compartiment, un Sénégalais. Je prends ce train depuis plus de dix ans et c'est la première fois qu'il part à l'heure. " Et effectivement le train est tombé en panne en rase campagne et nous a planté sous le soleil pendant deux heures sans une petite gargote à côté pour boire une bière bien chaude.
Venance Konan
- Par Le Repère
venancekonan@yahoo.fr
Dimanche : Comment s'y maintenir
Le président du Niger a décidé de changer la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Ses supporters estiment qu'il a commencé un bon boulot qu'il doit achever. Lorsqu'il arrivait à la tête du Niger, il était classé 165ème en matière de développement. Dix ans après, il est 174ème . Il a effectivement fait du très bon boulot. Et puis surtout le groupe français Areva va exploiter au Niger la plus grande mine d'uranium du monde. Beaucoup d'argent emplira forcément les poches de quelques boubous. Ce serait trop bête que ce soient les poches des autres.
Nos dirigeants n'ont qu'une seule obsession lorsqu'ils arrivent au pouvoir : s'y maintenir à vie. Il y a plusieurs méthodes pour ça. La plus en vogue en ce moment est la modification de la constitution. Une autre consiste à ne pas organiser d'élection. C'est celle qu'expérimente, avec un certain succès notre président bien-aimé. L'élection présidentielle aurait dû se tenir en 2005. A ce jour on ne sait toujours pas quand elle aura lieu. Mais pour appliquer cette méthode, il faut avoir une petite rébellion, pas très méchante, mais assez futée pour occuper une partie du territoire. Cela permet d'invoquer la constitution qui dit qu'on ne peut pas organiser d'élection quand le pays est en danger. Et, pour être à l'abri de tout mauvais coup de cette rébellion, on nomme son chef premier ministre, et quelques uns de ses amis ministres. On donne aussi quelques ministères à l'opposition et on laisse tout ce monde manger. Il est connu qu'on ne parle pas la bouche pleine. Et l'on peut ainsi prolonger son mandat indéfiniment.
Mais la meilleure méthode à mon avis est celle de Kadhafi. Chez lui, il n'y a jamais eu d'élection présidentielle. Parce qu'il n'y a pas de président en Libye. Non, chez lui, Kadhafi est le " Frère guide. " On n'élit pas un frère, surtout lorsqu'il est guide. Un frère, on l'a pour la vie.
Lundi : Histoire
Mon ami le peintre sénégalais Viyé Diba est venu faire une exposition à Abidjan. Nous nous sommes retrouvés à commenter les discours de Sarkozy et Ségolène à Dakar. Et nous sommes arrivés à la conclusion que Sarkozy n'avait fait que redire ce que nous disons tous les jours. Seulement ça ne devait pas venir de lui. Nous savons que nos pays sont très mal gérés, que nos élites sont corrompues, que nous ne travaillons pas beaucoup. Mais lorsque ça vient d'un Blanc, cela nous rappelle l'époque coloniale où les Blancs bottaient les fesses de nos parents en les traitant de fainéants et de couillons. Cela dit, j'ai relu ce que nos intellectuels ont répondu à Sarkozy. J'y ai vu que notre passé fut glorieux. Mais je n'y ai vu aucune ligne sur notre présent qui est loin d'être brillant, ni aucune clef pour en sortir, afin d'offrir aux prochaines générations d'autres rêves que celui de trouver une place dans la première pirogue en partance pour les îles Canaries ou Lampedusa. Tout compte fait, je crois que Sarkozy s'est planté à Dakar lorsqu'il a dit que nous ne sommes pas assez entrés dans l'histoire. Nous sommes bel et bien entrés dans notre histoire. Et nous n'en sommes plus ressortis.
Mardi : Résistance
Hier soir la télé a montré notre président bien-aimé en Afrique du sud. Il était à l'investiture de Zuma. Je l'aime beaucoup, notre président. Lorsque la rébellion éclata en 2002, personne ne donnait cher de sa peau. Il y eut à cette époque des escadrons de la mort qui tuèrent des dizaines de personnes supposées proches de l'opposition. Des gens de mauvaise foi accusèrent notre président bien-aimé d'être derrière ces escadrons, et on parla même de le faire juger par une cour pénale internationale. Notre président bien-aimé nia tout en bloc. Un humaniste comme lui, derrière des escadrons de la mort ? Quelle idée ! Ces escadrons disparurent aussitôt d'ailleurs. Mais c'était juste une coïncidence. En mars 2004, ses opposants voulurent organiser une marche. Il mit la police, la gendarmerie et l'armée dans la rue. On tira sur les manifestants. L'ONU dénombra plus de 120 morts. Le ministre de la sécurité d'alors dit que c'étaient des bandes parallèles qui avaient tué. On n'a jamais su qui c'était. Notre président bien-aimé est en train de construire de beaux palais à côté de ceux que notre premier président avait construits et qui sont aujourd'hui laissés à l'abandon. Les députés français Jack Lang et Jean Marie Le Guen sont venus le féliciter, et ils ont dit publiquement que construire de nouveaux palais, c'est exactement ce qu'il faut faire, surtout en ce moment. Et notre président bien-aimé les a amenés danser dans une boîte de nuit. Le lendemain la police a tiré sur les femmes qui manifestaient contre la vie chère. Il y eut deux morts. Il est vraiment fort notre président bien-aimé. Il a résisté à tout. A la rébellion, aux tentatives de coups d'Etat, à la France... Il faut dire qu'il avait eu une bonne formation. Rester marié à Simone pendant près de trente ans, ça aide à résister à tout.
Mercredi : L'Afrique brillera...
Jean Ping, le président de la commission de l'Union africaine publiera bientôt un livre intitulé " Quand l'Afrique brillera de mille feux. " Il faut que je vous explique notre Union africaine. Au début de nos indépendances, nos chefs eurent l'idée de créer une organisation qui nous aiderait à nous développer plus vite. On l'appela l'Organisation de l'Unité Africaine. Mais quelque 40 ans plus tard, nous constatâmes que nous n'étions pas plus développés qu'avant. Alors, sous l'impulsion du Frère guide Kadhafi, nous décidâmes de faire comme l'Europe. Elle a son Union européenne qui marche très bien. Nous créâmes donc notre Union africaine, avec une commission et un président, des commissaires, vraiment comme l'Union européenne. Mais nous avions remarqué que l'Europe s'était faite lentement. Or nous étions pressés. Aussi notre Union engloba en une fois tous les pays du continent. On mit donc ensemble les pays fauchés (il y en a beaucoup), les pays riches (si, si, il y en a quelques uns), les dictatures (il y en a beaucoup), les pays démocratiques (si, si, il y en a quelques uns), les Arabes, les Zoulous, les Berbères, les Bantou, les Haoussa, ceux qui s'aiment, ceux qui se détestent, ceux qui se font la guerre, ceux qui font la guerre à leurs propres peuples, bref, on mit tout le monde ensemble, on secoua bien, et puis...Ben, ça ne marche toujours pas. J'y comprends plus rien. Et pourtant nous avons choisi cette année le très éclairé Frère guide Kadhafi pour diriger cette Union. Il doit y avoir de la sorcellerie en dessous.
Jeudi : ...de mille feux de brousse
" Quand l'Afrique brillera de mille feux ", qu'il dit, Jean Ping. Et je vois les têtes de nos brillants guides. Bongo qui a bouclé 41 ans de pouvoir, Kadhafi qui se fait appeler le roi des rois d'Afrique, Biya qui passe plus de temps en Europe que dans son Cameroun qu'il est censé diriger, Laurent Gbagbo qui rigole tout le temps et fait rigoler tout le monde quand il pleure à la télé, Yayah Jammeh toujours attifé comme un clown, Omar El Béchir et Mugabe qui ne font rire personne, le président bissau-guinéen découpé à la machette, le roi du Swaziland qui épouse chaque année une nouvelle femme, il doit en être à la 13ème ou 14ème (lui, il a bien compris que l'important sur cette terre de misère, c'est l'amour. Make love, not war.). Et je vois les rebelles de mon pays avec leurs amulettes aux poignets et leurs téléphones cellulaires accrochés au cou, les millions de morts du Kivu, nos femmes passant leurs journées à piler le mil ou le foutou, nos paysans courbés sous le soleil avec pour seuls instruments de travail la daba et la machette. Et je revois ces quatre charmantes chiottes construites au bord du lac Ahémé au Bénin. Il était écrit dessus " financement : coopération française. " Alors, en vérité, en vérité, je vous le dis, mes frères Africains, tant que nous n'aurons pas libéré nos femmes et nos paysans, et surtout, tant que nous attendrons que ce soient les Blancs qui nous construisent des chiottes, nous ne serons pas sortis de notre merde de si tôt. Et les feux dont parle M. Ping risquent de n'être que des feux de brousse.
Vendredi : C'est louche
J'ai appris que le train qui relie Dakar et Bamako a déraillé. Je l'ai emprunté une fois, il y a quelques années. Il avait démarré à l'heure précise. " C'est louche, m'avait dit mon voisin de compartiment, un Sénégalais. Je prends ce train depuis plus de dix ans et c'est la première fois qu'il part à l'heure. " Et effectivement le train est tombé en panne en rase campagne et nous a planté sous le soleil pendant deux heures sans une petite gargote à côté pour boire une bière bien chaude.
Venance Konan
- Par Le Repère
venancekonan@yahoo.fr
jeudi 4 juin 2009
Il était une fois, le Miracle ivoirien dans un LINCEUL Orange-Blanc-Vert
La petite conversation qui suit, je l'ai recueillie en plein vol, c'était une nuit dans les rue de Daloa, entre un vieil homme et un jeune garçon, son petit fils certainement. Leurs paroles ont assailli mes tympans, ce soir-là, mais plusieurs années après, rien n'a changé, je les entends toujours, comme le dernier échos d'un sombre au revoir nocturne, comme les dernières tribulations de deux êtres qui ne s'aiment plus et qui se séparent :
-Papi, ai-je entendu le jeune garçon demander, le ‘'miracle ivoirien'', c'était un homme ou une femme ?
-Yééé, ricana le vieil homme, avant de plonger ses doigts dans sa barbe rousse et pouilleuse. Une barbe, si elle n'est pas celle du bouc, doit refléter la sagesse, même dans la parole.
-Petit, répondit-il, c'était un bel homme, le plus beau, le plus grand, le plus heureux, le plus prospère et le plus fière d'Afrique de l'Ouest....
-Et qui l'a tué, la FESCI ?
-Non, la FESCI est née sur ses cendres refroidies.
-Mais qui a tué un tel homme, alors ? insista le petit, éberlué.
-Oh, allons mon fils, c'était l'oeuvre du phacochère, ces animaux-là n'achèvent jamais leurs oeuvres, répondit-il. Ce n'était qu'un simple virage menant à un mirage. Si tu te confies à la fleur du melon à l'aube, au crépuscule elle fermera les yeux pour te laisser seul, a conclu le vieil homme, avant de poursuivre son chemin, claudiquant sur ses os à découvert, un reste d'homme marchant fatalement sur le bout des dernières cordes de ses derniers jours.
Paroles folles, ni le petit, ni le passant anonyme comme moi, n'auront rien compris en verbiage.
Une fois chez moi, j'ai consacré toute la première moitié de la nuit à décoder ce que voulait dire ce septuagénaire de passage, mais la portée profonde de son discours m'échappa tout simplement. Comme un spermatozoïde en peine à la surface d'un ovule déjà fécondé, j'ai lamentablement échoué quant à la compréhension de ce message, malgré la qualité de ma curiosité cette nuit-là.
Les années se sont écoulées sur la chaîne du temps, comme de gigantesques grains de chapelet ; beaucoup d'eau de pluie a lessivé la terre ivoirienne ; plusieurs centaines de mes connaissances ont cessé de vivre ; autour de moi, les amours se sont faites et défaites ; la République de Côte d'Ivoire a connu dans l'entre-temps trois présidents avec des fortunes diverses; toutes les villes que je connais ont changé plusieurs fois de visage ; mais les paroles du vieil homme inconnu, sont restées intactes, inaltérées, solidement lovées dans mes tympans, comme si c'était hier nuit. Les belles métaphores sont comme des diamants contre le temps.
Maintenant, les choses me sont trop claires, je n'avais entendu qu'une oraison funèbre, une litanie de deuil, celui d'une époque qu'a connue la Côte d'Ivoire. Je m'étais donc inutilement laissé distraire par l'homme. Le ‘'Miracle ivoirien'' ne fut donc qu'un mirage. Maintenant, je ris même de mon évasion juvénile. Faut-il être qui avant de comprendre ce que c'est qu'un miracle ? De toutes les définitions du terme, je ne retiens que celle-ci :
Miracle : acte contraire aux lois ordinaires de la nature et produit par une puissance surnaturelle. Cette définition nous allège allègrement la tâche, puisqu'elle nous situe sur les conditions de la survenue du ‘'miracle ivoirien'' : on s'y attendrait le moins, ou bien même pas du tout. L'émotion est bien nègre, a dit le poète, cette fois elle est là, toute l'émotion ivoirienne, jalousement tapie dans ce sursaut économique prodigieux qu'a connu le pays dans les années 1970, ce pas de géant au milieu du bonheur et de la prospérité économique et sociale. La surprise et l'étourderie qui en ont découlé, ont été telles qu'on n'aurait pas cru l'Ivoirien capable d'un exploit d'une si grande qualité. Ce n'était pas prévu, et voilà le pays subitement à la tête de la sous région, brillant de mille étincelles au milieu de pays aux populations faméliques et mourant de disette ! Voilà le miracle, la Côte d'Ivoire fatalement agrafée à la queue d'un immense sort inattendu. Quelle bombance ! quelle libation ! Pourquoi se priver donc de jouir quand la source de sa jouissance est intarissable ? Une mine de joie, embouchure d'ivresse nue, anus du grenier au miel!
Mais bon sang, comment les gens à l'époque, n'ont pas vu le cyclone de misère qui tourbillonnait dans leur miracle ? Ce paquet de prospérité venu de la voie lactée. Une fortune miraculeusement acquise, peut aussi par voie de miracle disparaître ! Ils étaient si euphoriques de parler de miracle, l'inscrivant même dans les annales de l'Histoire du pays comme une épopée. Un miracle économique chez nous ! Vraiment, la providence aura été magnanime, totalement regardant d'un peuple élu par les cieux.
Le miracle signifie, en d'autres mots, ‘'on ne s'y attendait pas du tout.'' Du coup, je me retrouve dubitatif, voire même estomaqué, quant à la fiabilité de nos schémas de développements économiques au départ. Et pourtant le ‘'Vieux'' ne s'est jamais trompé dans son choix de Libéralisme économique, option qui a le grand mérite de responsabiliser le citoyen, en tout cas, à mon sens. Mais encore faut-il qu'il soit bien orchestré, le capitalisme, sinon Karl Marx se retourne dans sa tombe et éternue dans sa solitude, pour dire qu'il n'avait pas tort.
Qui plante des manguiers récolte logiquement des mangues mûres, le moment venu. Mais alors, qu'est-ce qui est jubilatoire dans le fait de récolter ce qu'on aura semé, à part la joie de faire du progrès ?
‘'Miracle économique ivoirien.'' Ah, émotion subversive ! vaste insulte d'un peuple qui n'aura pas cru à ses potentialités, à son destin, et qui tombe en transe face à ses propres performances et l'attribue à un esprit supérieur. C'était un miracle ! Ce qui, de facto, signifie que le contraire n'est pas possible, c'est-à-dire, réaliser des performances de géant rien que par la volonté et le génie ivoirien. Voilà qui sonnerait le glas pour tous nos éminents économistes, et Dieu seul sait combien ils sont aujourd'hui.
Voilà le progrès ivoirien comme un don du ciel, et lorsque la tornade est arrivée, elle en a soufflé l'essentiel, laissant l'homme Ivoirien pantois, dépossédé comme un arbre au coeur du désert. Voilà le bel homme dont parlait mon vieil inconnu d'une nuit, froissé par la misère, assujetti à visiter les poubelles pour gagner sa pitance, des poubelles putrides, mortelles, comme le PROBO KOALA. Tribaliste jusqu'à la moelle épinière, il est obligé de mourir pour le premier tenant de la thèse tribale, même si la nullité de ce dernier crève ses yeux. Son grand orgueil nu, cette belle caractéristique ivoirienne a été ensevelie, même si dans un dernier geste désespéré, nous continuons toujours à faire comme si de rien n'était.
CE QUI A TRANSFORMÉ LE MIRACLE ÉCONOMIQUE EN MIRAGE SOCIAL.
Rien au monde, aussi consistant et résistant soit-il, ne résiste à la ponction ininterrompue, incessante. Et si celui qui opère la ponction est conscient et un peu perspicace dans sa besogne, la rupture est assurée. L'homme est l'ennemi de l'homme, voilà comment ils ont méchamment nui à l'avenir de la jeunesse ivoirienne, inutilement assombri les jours de la postérité, sadiquement marché sur nos soleils, pourtant si brillants au départ.
Méditons plutôt cette phrase : « On ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides...» Aurait dit le ‘'Vieux'' au faîte de son pouvoir, au moment où le pays pataugeait dans les mares d'argent et d'or, croulait sous le poids de la prospérité. C'est ce qu'ils ont effectivement appelé miracle économique. Mais les Malinkés disent ceci : ‘'Quand le chef se nomme Père-Cendre, c'est que ses sujets sont de la poussière''. L'interprétation littéraire de cette phrase me fait dire que le bon exemple émane du leader et que le peuple est à son image. Quelles étaient les réelles motivations de l'homme en prononçant ces paroles gravissimes ? Excès de zèle ou expression d'une tolérance à l'égard de ses collaborateurs ? Mais dans tous les cas, ce fut comme le coup de sifflet qui engageât la course à la chair ivoirienne, en même temps le coup d'envoi de l'expropriation des générations futures. Alors chacals et loups surgirent des bosquets et se ruèrent sur la victuaille ivoirienne gravement éparpillée. Le miracle fut aplati, éventré, désossé, émietté et partagé en menus fretins, tout pour eux, rien pour la postérité. Du coup, de manière insidieuse, la notion de baron se hissa comme un filet noir au-dessus de nos têtes. Et leur ventre commença à pousser vertigineusement vers le firmament, ces profondes tombes des billets de banques ivoiriens. Ce fut l'époque de la grande mystification de certaines petites gens jusque-là invisibles dans les entrailles ivoiriennes, de petites consciences souvent issues de plusieurs générations de pauvreté sèche et allicinantes.
Ainsi, jusqu'à la fin des années 1980, plus aucune brique n'était encore moulée pour édifier quoi que ce soit sur le sol ivoirien, plus aucun centimètre de bitume sur nos routes, plus d'écoles, les derniers CEG ont ouvert leurs portes en 1979. Avec quelques immeubles chatoyants au coeur du quartier Plateau d'Abidjan, notre développement était achevé. Les usines SODE devaient toutes faire leur dépôt de bilan par la suite, suivies des unités commerciales de grandes surfaces, je pense ici aux ‘'Chaînes pâques'', ‘'Agri pâques'', ‘'Chaîne Avion''... Les usines sucrières au Nord et au Centre, aujourd'hui pour la plupart, avalées par les roseaux. Les sublimes idées relatives à l'aménagement de la vallée du Bandama sont allées à vau-l'eau, ces fertiles vallées transformées en théâtre d'affrontement et où le sang coula abondamment pendant notre guerre de deux semaines. Mais pour cacher leur dos, on nous parla à coups de cors et de grelots, de la ‘'conjoncture'', avec en toile de fond, une critique acerbe contre une pseudo mévente du Café et du Cacao, les deux grandes cultures d'exportation du pays. La stérilité gagna du terrain. Au même moment, le pays est au centre de toutes les médiations en Afrique et dans le monde. Le prestige du pays reste encore intact. Presque tous les pays sahéliens environnants sont emballés et couchés dans les fins fonds des poches du Vieux, avec pour paravent majeur, la Paix. Mais un empire bâti avec de la vapeur, ne peut résister à la moindre brise matinale. Quand le VIEUX a cessé de vivre en octobre 1993, le cercle des barons comme celui d'une confrérie de sorciers, se brisa avec fracas. La suite, le monde la connaît...
LAISSEZ NOUS EN PAIX, C'EST NOTRE TOUR !
Pendant que le PDCI grillait ses arachides avec avidité, un autre monde grouillait et grondait sournoisement dans l'antichambre. Imaginez un festin de prédateurs dans la vallée, avec dans leur dos une malpropre cohorte de petits charognards. Ce spectacle si coloré me donne le visage de la lutte d'alors sur le terrain politique en Côte d'Ivoire. Le long murmure des misères à l'ombre d'une gabegie nationalement autorisée. Cela dura le temps que nous connaissons tous en Côte d'Ivoire...Grande période fertile en délation et en imposture. La crainte des barons et l'envie qu'ils suscitent en même temps sont divines.
Et, ceux qui se réclamaient de la démocratie vraie parvinrent à prendre le pouvoir, dans des conditions connues de tous. Nous sommes bien au début du 21è siècle, mais rien ne devait changer, bien au contraire. Le pays a reculé jusqu'au sahel pour aller se faire raisonner sur du sable brûlant au sujet d'une espèce de guerre, notre guerre de crabes de quelques semaines seulement, mais appelée à être volontairement prolongée pour le besoin personnel des belligérants. Une guerre sur les testicules de notre marasme économique, c'est là que le lac est devenu tout moite et gluant sous nos pieds tremblants. La Côte d'Ivoire des Barons, naguère fortement vilipendée, est même regrettée. On se tord la bouche amère en disant qu'un voleur pacifique comme voisin n'a rien à voir avec un voisin qui dort avec son fusil en mains, ou qui procède par enlèvements nocturnes et tu crûment sous les ponts de la capitale. Subitement, le vocabulaire urbain se rétracte et se résume au vocable des ‘'Escadrons de la mort''. Nul n'est alors sûr d'être témoin du lever du soleil prochain sur la ville.
Ces nouveaux venus ont surtout un fâcheux verbe sous la langue : ‘'Laissez nous en paix, c'est notre tour''. Mais c'est bien dans cette phrase impérative que réside le mal, et elle n'en est pas moins malheureuse que celle qui exhortait les gens à ne jamais regarder dans la bouche d'un grilleur d'arachide. L'anus et la fenêtre anale renvoient au même passage secret, la terminologie ne peut distraire ici. On vient donc pour soi, pour sa poche, pour ses proches, mais pas pour le pays. Voici le trésor national, le grenier familial.
La suite est connue de tous, la classe des nouveaux riches Ivoiriens en témoigne largement. En deux maigres années seulement, des fils de la misère, des larves de descendants de misères, des misères multiséculaires bien connues sur le terrain, sont aujourd'hui au faîte de leur gloire et qui demandent au bon Dieu de reprendre sa création sur la terre, s'étant trompé selon eux au départ. Des moustiques sont devenus des guêpes, et des poussins se sont métamorphosés en aigles ! Ainsi va la Côte d'Ivoire démocratiquement rêvée.
La Refondation n'aura donc refondé que ses hommes, mais pas la Côte d'Ivoire, ce sublime rêve est tombé en avorton dans la poussière. C'est bien là que l'Histoire devient un os, or même dans l'estomac d'une hyène, la spécialiste, tous les os ne se transforment pas en calcaire dans le ventre! Alors, d'un PDCI voleur à un FPI maraudeur, la seule différence fondamentale reste le sigle.
VOTEZ MOI, JE SUIS PROPRE COMME UN LINCEUL NON ENCORE UTILISÉ !
Voilà le staccato audible à la Rue LÉPIC d'Abidjan. Le linceul en lui-même n'attire pas, et c'est ce qu'il y a de discordant dans cette harmonie. Voyons un peu ceci : que le RDR se retrouve à la place FICGAYO pour un meeting aussi gigantesque et que du début à la fin, le moindre mot tendre ne fut prononcé ce jour-là à l'endroit de toutes ces âmes fauchées sur sa route ! que le moindre chuchotement n'ait fait écho du moindre hommage à tous ces jeunes gens morts, toutes ces fleurs matinales, toutes ces amours terrassées à l'aube de leurs soleils. Alors, du coup, je m'offusque et je me demande pour qui se battent-ils, vraiment. Un programme c'est bon, mais des hommes pour le soutenir, c'est encore mieux. Avec quelle conscience peut-on s'étaler sur des chiffres durant des heures, sans penser d'abord à ceux qui sont tombés pour le RDR, même si notre théorie est inspirée de Dieu ?
Je vois là-bas, sur les vagues de la lagune Ebrié, des jours qui ne se lèveront jamais tels que nous les souhaitons maintenant, malgré la mirobolance de leur programme. Un bon soleil se signale par la qualité de ses premiers sur les murs. Qui sait si dans ce nouveau cercle on ne daignera même pas lever les yeux sur le grilleur d'arachide, à plus forte raison voir sur sa langue.
MAIS POURQUOI TOUT LE MONDE DOIT ECHOUER ?
Ceci est un défi. Superposons gouvernement sur gouvernement, si nous voulons, changeons-les chaque semaine, les uns se comporteront toujours comme les autres, exactement comme si les gens étaient liés par une malédiction. Effectivement il y a une sorte de malédiction couchée dans notre constitution : Le Régime Présidentiel. Les gens ne sont pas forcément négatifs a priori, mais le type de régime dirigeant les y oblige, par principe. Par le poids de son pouvoir, puisqu'il est la force centrifuge du pays, il finit par devenir un chef sorcier entouré d'esprits malfaisants, et c'est sans alternatives ! Le décideur exclusif, le nommer totalitaire, l'homme à la signature comme un impact de création divine, chef des armées, une majorité parlementaire lèche-bottes (il s'arrange toujours pour obtenir sa majorité), une justice sclérosée, corrompue jusqu'à l'étourderie. Un régime présidentiel pur, ne peut fabriquer que des malhonnêtes à la tête d'un pays. Laurent Gbagbo opposant (d'aucuns ne voudraient le voir que dans cette assiette), n'a rien à voir avec le Président Laurent Gbagbo. ADO opposant n'aura rien à voir avec Ouattara président, car le pouvoir exclusif est un poison chez nous.
Je n'ai rien contre les hommes, mais tant que les candidats ne s'engagent pas sur la voie d'une TROISIEME REPUBLIQUE, ce qui implique un changement significatif de Constitution, nous retomberons dans les mêmes abîmes. C'est bien le nouveau son de cloche, et c'est plus qu'un défi. Le trop plein de pouvoir enivre forcement, celui qui a sa bouche dans la chair actuellement le sait, autant que ses poursuivants immédiats ou lointains. Notre salut réside dans l'avènement d'un régime pleinement Parlementaire, c'est à ce seul prix qu'on pourra aspirer à un autre miracle économique.
UN NATIONALISME DOUTEUX
Un jour, en Amphi à l'université Charles-de-Gaulle Lille3 où je faisais un master, dans le cadre d'un cours multiculturel, chaque étudiant devait présenter son pays avec sa principale caractéristique nationaliste. Du coup, je me suis retrouvé face à un trou dans ma mémoire. De l'Amphi, je me suis subitement retrouvé au pays avec pour préoccupation secrète de ramasser les faits saillants qui fédèrent les Ivoiriens et pour lesquels ils sont prêts à laisser leur vie. Ah, quelle tâche ardue ! quelle vaine errance ! Finalement revenu à moi-même, honteux et confus comme une souris sous les doigts de dame chatte, je n'ai pu leur parler que du Zouglou, Nouchi, du Couper décaler et du Garba. Imaginez mes yeux devant le Russe, l'Algérien, le Palestinien, l'Israélien, des gens qui venaient de distinguer à tour de rôle, la couleur du nationalisme tel qu'il est vécu chez eux.
Et le ridicule m'arracha mon verbe, je devins évasif, creux, atone et froid. Moi, mon nationalisme n'a rien d'épique, de poignant, et puis, le peu qu'il y a est vraiment sectaire, tout le monde ne le partage pas, il ne nous fédère pas. En témoignent les différents pans patriotiques ici et là, chacun l'interprétant selon sa propre lecture. Autrement dit, chacun a sa manière d'aimer le pays, la chose n'est donc pas uniforme. Effectivement, combien de couleurs revêt le patriotisme en Côte d'Ivoire ? C'est plus qu'un arc-en-ciel. Il aurait peut-être fallu qu'on arrachât notre Indépendance aux forceps à la France, mais il n'en fut pas le cas, elle m'a été donnée sur un plateau d'or.
A un moment donné, j'ai cru pouvoir m'échapper en m'accrochant à l'équipe nationale de football, les Eléphants. Mais en réalité, autour de cette équipe, il y a toujours des grincements de dents, des frustrations ; si on ne ‘'bétéise'' pas le débat, on le ‘'dioulaïse'' ou on le ‘'guéréise'', tout simplement. Ces nouvelles pontes barbares montrent que les choses n'y sont pas telles que l'observateur extérieur pourrait l'imaginer.
Alors, pour conclure, le libéralisme économique sied parfaitement à un pays comme la Côte d'Ivoire, puisqu'il y a eu un premier miracle. Houphouët avait donc raison. Le mal du pays ne réside nulle part que dans son choix de régime politique. Un Régime exclusivement présidentiel ne peut que fabriquer des potentats, des magnats, qui finissent comme des chefs sorciers, purement et simplement ennemis du peuple. Et quand un tel système finit par séparer les hommes, les cercles se dessinent, les conclaves se forment, les corridors ethniques se barricadent et le patriotisme devient pluriel, douteux et se chante différemment à la manière des oiseaux dans chaque arbre.
Voici donc notre troisième République en gestation dans le ventre du temps, c'est bien le temps des Ivoiriens lucides de composer un nouveau cercle patriotique, pas ce patriotisme suintant, baveux, sanglant, régionaliste, sectaire, qu'il a été donné de remarquer jusqu'ici, non. Rassemblons-nous cette foi-ci en hommes et femmes convaincus du retard accumulé et fiers de mener ce combat si noble. J'ai honte de voir mon pays à la queue des nations minables. Ouvrons nos yeux, le vent qui doit me faire vivre ne m'assomme pas dans la nuque.
Konaté Amidou Tchèbakro, Ivoirien résidant à Bruxelles,
Professeur Certifié de Lettres Modernes,
Écrivain
'Masteurant'' à l'Université Charles-de Gaule Lille3 (France)
-Papi, ai-je entendu le jeune garçon demander, le ‘'miracle ivoirien'', c'était un homme ou une femme ?
-Yééé, ricana le vieil homme, avant de plonger ses doigts dans sa barbe rousse et pouilleuse. Une barbe, si elle n'est pas celle du bouc, doit refléter la sagesse, même dans la parole.
-Petit, répondit-il, c'était un bel homme, le plus beau, le plus grand, le plus heureux, le plus prospère et le plus fière d'Afrique de l'Ouest....
-Et qui l'a tué, la FESCI ?
-Non, la FESCI est née sur ses cendres refroidies.
-Mais qui a tué un tel homme, alors ? insista le petit, éberlué.
-Oh, allons mon fils, c'était l'oeuvre du phacochère, ces animaux-là n'achèvent jamais leurs oeuvres, répondit-il. Ce n'était qu'un simple virage menant à un mirage. Si tu te confies à la fleur du melon à l'aube, au crépuscule elle fermera les yeux pour te laisser seul, a conclu le vieil homme, avant de poursuivre son chemin, claudiquant sur ses os à découvert, un reste d'homme marchant fatalement sur le bout des dernières cordes de ses derniers jours.
Paroles folles, ni le petit, ni le passant anonyme comme moi, n'auront rien compris en verbiage.
Une fois chez moi, j'ai consacré toute la première moitié de la nuit à décoder ce que voulait dire ce septuagénaire de passage, mais la portée profonde de son discours m'échappa tout simplement. Comme un spermatozoïde en peine à la surface d'un ovule déjà fécondé, j'ai lamentablement échoué quant à la compréhension de ce message, malgré la qualité de ma curiosité cette nuit-là.
Les années se sont écoulées sur la chaîne du temps, comme de gigantesques grains de chapelet ; beaucoup d'eau de pluie a lessivé la terre ivoirienne ; plusieurs centaines de mes connaissances ont cessé de vivre ; autour de moi, les amours se sont faites et défaites ; la République de Côte d'Ivoire a connu dans l'entre-temps trois présidents avec des fortunes diverses; toutes les villes que je connais ont changé plusieurs fois de visage ; mais les paroles du vieil homme inconnu, sont restées intactes, inaltérées, solidement lovées dans mes tympans, comme si c'était hier nuit. Les belles métaphores sont comme des diamants contre le temps.
Maintenant, les choses me sont trop claires, je n'avais entendu qu'une oraison funèbre, une litanie de deuil, celui d'une époque qu'a connue la Côte d'Ivoire. Je m'étais donc inutilement laissé distraire par l'homme. Le ‘'Miracle ivoirien'' ne fut donc qu'un mirage. Maintenant, je ris même de mon évasion juvénile. Faut-il être qui avant de comprendre ce que c'est qu'un miracle ? De toutes les définitions du terme, je ne retiens que celle-ci :
Miracle : acte contraire aux lois ordinaires de la nature et produit par une puissance surnaturelle. Cette définition nous allège allègrement la tâche, puisqu'elle nous situe sur les conditions de la survenue du ‘'miracle ivoirien'' : on s'y attendrait le moins, ou bien même pas du tout. L'émotion est bien nègre, a dit le poète, cette fois elle est là, toute l'émotion ivoirienne, jalousement tapie dans ce sursaut économique prodigieux qu'a connu le pays dans les années 1970, ce pas de géant au milieu du bonheur et de la prospérité économique et sociale. La surprise et l'étourderie qui en ont découlé, ont été telles qu'on n'aurait pas cru l'Ivoirien capable d'un exploit d'une si grande qualité. Ce n'était pas prévu, et voilà le pays subitement à la tête de la sous région, brillant de mille étincelles au milieu de pays aux populations faméliques et mourant de disette ! Voilà le miracle, la Côte d'Ivoire fatalement agrafée à la queue d'un immense sort inattendu. Quelle bombance ! quelle libation ! Pourquoi se priver donc de jouir quand la source de sa jouissance est intarissable ? Une mine de joie, embouchure d'ivresse nue, anus du grenier au miel!
Mais bon sang, comment les gens à l'époque, n'ont pas vu le cyclone de misère qui tourbillonnait dans leur miracle ? Ce paquet de prospérité venu de la voie lactée. Une fortune miraculeusement acquise, peut aussi par voie de miracle disparaître ! Ils étaient si euphoriques de parler de miracle, l'inscrivant même dans les annales de l'Histoire du pays comme une épopée. Un miracle économique chez nous ! Vraiment, la providence aura été magnanime, totalement regardant d'un peuple élu par les cieux.
Le miracle signifie, en d'autres mots, ‘'on ne s'y attendait pas du tout.'' Du coup, je me retrouve dubitatif, voire même estomaqué, quant à la fiabilité de nos schémas de développements économiques au départ. Et pourtant le ‘'Vieux'' ne s'est jamais trompé dans son choix de Libéralisme économique, option qui a le grand mérite de responsabiliser le citoyen, en tout cas, à mon sens. Mais encore faut-il qu'il soit bien orchestré, le capitalisme, sinon Karl Marx se retourne dans sa tombe et éternue dans sa solitude, pour dire qu'il n'avait pas tort.
Qui plante des manguiers récolte logiquement des mangues mûres, le moment venu. Mais alors, qu'est-ce qui est jubilatoire dans le fait de récolter ce qu'on aura semé, à part la joie de faire du progrès ?
‘'Miracle économique ivoirien.'' Ah, émotion subversive ! vaste insulte d'un peuple qui n'aura pas cru à ses potentialités, à son destin, et qui tombe en transe face à ses propres performances et l'attribue à un esprit supérieur. C'était un miracle ! Ce qui, de facto, signifie que le contraire n'est pas possible, c'est-à-dire, réaliser des performances de géant rien que par la volonté et le génie ivoirien. Voilà qui sonnerait le glas pour tous nos éminents économistes, et Dieu seul sait combien ils sont aujourd'hui.
Voilà le progrès ivoirien comme un don du ciel, et lorsque la tornade est arrivée, elle en a soufflé l'essentiel, laissant l'homme Ivoirien pantois, dépossédé comme un arbre au coeur du désert. Voilà le bel homme dont parlait mon vieil inconnu d'une nuit, froissé par la misère, assujetti à visiter les poubelles pour gagner sa pitance, des poubelles putrides, mortelles, comme le PROBO KOALA. Tribaliste jusqu'à la moelle épinière, il est obligé de mourir pour le premier tenant de la thèse tribale, même si la nullité de ce dernier crève ses yeux. Son grand orgueil nu, cette belle caractéristique ivoirienne a été ensevelie, même si dans un dernier geste désespéré, nous continuons toujours à faire comme si de rien n'était.
CE QUI A TRANSFORMÉ LE MIRACLE ÉCONOMIQUE EN MIRAGE SOCIAL.
Rien au monde, aussi consistant et résistant soit-il, ne résiste à la ponction ininterrompue, incessante. Et si celui qui opère la ponction est conscient et un peu perspicace dans sa besogne, la rupture est assurée. L'homme est l'ennemi de l'homme, voilà comment ils ont méchamment nui à l'avenir de la jeunesse ivoirienne, inutilement assombri les jours de la postérité, sadiquement marché sur nos soleils, pourtant si brillants au départ.
Méditons plutôt cette phrase : « On ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides...» Aurait dit le ‘'Vieux'' au faîte de son pouvoir, au moment où le pays pataugeait dans les mares d'argent et d'or, croulait sous le poids de la prospérité. C'est ce qu'ils ont effectivement appelé miracle économique. Mais les Malinkés disent ceci : ‘'Quand le chef se nomme Père-Cendre, c'est que ses sujets sont de la poussière''. L'interprétation littéraire de cette phrase me fait dire que le bon exemple émane du leader et que le peuple est à son image. Quelles étaient les réelles motivations de l'homme en prononçant ces paroles gravissimes ? Excès de zèle ou expression d'une tolérance à l'égard de ses collaborateurs ? Mais dans tous les cas, ce fut comme le coup de sifflet qui engageât la course à la chair ivoirienne, en même temps le coup d'envoi de l'expropriation des générations futures. Alors chacals et loups surgirent des bosquets et se ruèrent sur la victuaille ivoirienne gravement éparpillée. Le miracle fut aplati, éventré, désossé, émietté et partagé en menus fretins, tout pour eux, rien pour la postérité. Du coup, de manière insidieuse, la notion de baron se hissa comme un filet noir au-dessus de nos têtes. Et leur ventre commença à pousser vertigineusement vers le firmament, ces profondes tombes des billets de banques ivoiriens. Ce fut l'époque de la grande mystification de certaines petites gens jusque-là invisibles dans les entrailles ivoiriennes, de petites consciences souvent issues de plusieurs générations de pauvreté sèche et allicinantes.
Ainsi, jusqu'à la fin des années 1980, plus aucune brique n'était encore moulée pour édifier quoi que ce soit sur le sol ivoirien, plus aucun centimètre de bitume sur nos routes, plus d'écoles, les derniers CEG ont ouvert leurs portes en 1979. Avec quelques immeubles chatoyants au coeur du quartier Plateau d'Abidjan, notre développement était achevé. Les usines SODE devaient toutes faire leur dépôt de bilan par la suite, suivies des unités commerciales de grandes surfaces, je pense ici aux ‘'Chaînes pâques'', ‘'Agri pâques'', ‘'Chaîne Avion''... Les usines sucrières au Nord et au Centre, aujourd'hui pour la plupart, avalées par les roseaux. Les sublimes idées relatives à l'aménagement de la vallée du Bandama sont allées à vau-l'eau, ces fertiles vallées transformées en théâtre d'affrontement et où le sang coula abondamment pendant notre guerre de deux semaines. Mais pour cacher leur dos, on nous parla à coups de cors et de grelots, de la ‘'conjoncture'', avec en toile de fond, une critique acerbe contre une pseudo mévente du Café et du Cacao, les deux grandes cultures d'exportation du pays. La stérilité gagna du terrain. Au même moment, le pays est au centre de toutes les médiations en Afrique et dans le monde. Le prestige du pays reste encore intact. Presque tous les pays sahéliens environnants sont emballés et couchés dans les fins fonds des poches du Vieux, avec pour paravent majeur, la Paix. Mais un empire bâti avec de la vapeur, ne peut résister à la moindre brise matinale. Quand le VIEUX a cessé de vivre en octobre 1993, le cercle des barons comme celui d'une confrérie de sorciers, se brisa avec fracas. La suite, le monde la connaît...
LAISSEZ NOUS EN PAIX, C'EST NOTRE TOUR !
Pendant que le PDCI grillait ses arachides avec avidité, un autre monde grouillait et grondait sournoisement dans l'antichambre. Imaginez un festin de prédateurs dans la vallée, avec dans leur dos une malpropre cohorte de petits charognards. Ce spectacle si coloré me donne le visage de la lutte d'alors sur le terrain politique en Côte d'Ivoire. Le long murmure des misères à l'ombre d'une gabegie nationalement autorisée. Cela dura le temps que nous connaissons tous en Côte d'Ivoire...Grande période fertile en délation et en imposture. La crainte des barons et l'envie qu'ils suscitent en même temps sont divines.
Et, ceux qui se réclamaient de la démocratie vraie parvinrent à prendre le pouvoir, dans des conditions connues de tous. Nous sommes bien au début du 21è siècle, mais rien ne devait changer, bien au contraire. Le pays a reculé jusqu'au sahel pour aller se faire raisonner sur du sable brûlant au sujet d'une espèce de guerre, notre guerre de crabes de quelques semaines seulement, mais appelée à être volontairement prolongée pour le besoin personnel des belligérants. Une guerre sur les testicules de notre marasme économique, c'est là que le lac est devenu tout moite et gluant sous nos pieds tremblants. La Côte d'Ivoire des Barons, naguère fortement vilipendée, est même regrettée. On se tord la bouche amère en disant qu'un voleur pacifique comme voisin n'a rien à voir avec un voisin qui dort avec son fusil en mains, ou qui procède par enlèvements nocturnes et tu crûment sous les ponts de la capitale. Subitement, le vocabulaire urbain se rétracte et se résume au vocable des ‘'Escadrons de la mort''. Nul n'est alors sûr d'être témoin du lever du soleil prochain sur la ville.
Ces nouveaux venus ont surtout un fâcheux verbe sous la langue : ‘'Laissez nous en paix, c'est notre tour''. Mais c'est bien dans cette phrase impérative que réside le mal, et elle n'en est pas moins malheureuse que celle qui exhortait les gens à ne jamais regarder dans la bouche d'un grilleur d'arachide. L'anus et la fenêtre anale renvoient au même passage secret, la terminologie ne peut distraire ici. On vient donc pour soi, pour sa poche, pour ses proches, mais pas pour le pays. Voici le trésor national, le grenier familial.
La suite est connue de tous, la classe des nouveaux riches Ivoiriens en témoigne largement. En deux maigres années seulement, des fils de la misère, des larves de descendants de misères, des misères multiséculaires bien connues sur le terrain, sont aujourd'hui au faîte de leur gloire et qui demandent au bon Dieu de reprendre sa création sur la terre, s'étant trompé selon eux au départ. Des moustiques sont devenus des guêpes, et des poussins se sont métamorphosés en aigles ! Ainsi va la Côte d'Ivoire démocratiquement rêvée.
La Refondation n'aura donc refondé que ses hommes, mais pas la Côte d'Ivoire, ce sublime rêve est tombé en avorton dans la poussière. C'est bien là que l'Histoire devient un os, or même dans l'estomac d'une hyène, la spécialiste, tous les os ne se transforment pas en calcaire dans le ventre! Alors, d'un PDCI voleur à un FPI maraudeur, la seule différence fondamentale reste le sigle.
VOTEZ MOI, JE SUIS PROPRE COMME UN LINCEUL NON ENCORE UTILISÉ !
Voilà le staccato audible à la Rue LÉPIC d'Abidjan. Le linceul en lui-même n'attire pas, et c'est ce qu'il y a de discordant dans cette harmonie. Voyons un peu ceci : que le RDR se retrouve à la place FICGAYO pour un meeting aussi gigantesque et que du début à la fin, le moindre mot tendre ne fut prononcé ce jour-là à l'endroit de toutes ces âmes fauchées sur sa route ! que le moindre chuchotement n'ait fait écho du moindre hommage à tous ces jeunes gens morts, toutes ces fleurs matinales, toutes ces amours terrassées à l'aube de leurs soleils. Alors, du coup, je m'offusque et je me demande pour qui se battent-ils, vraiment. Un programme c'est bon, mais des hommes pour le soutenir, c'est encore mieux. Avec quelle conscience peut-on s'étaler sur des chiffres durant des heures, sans penser d'abord à ceux qui sont tombés pour le RDR, même si notre théorie est inspirée de Dieu ?
Je vois là-bas, sur les vagues de la lagune Ebrié, des jours qui ne se lèveront jamais tels que nous les souhaitons maintenant, malgré la mirobolance de leur programme. Un bon soleil se signale par la qualité de ses premiers sur les murs. Qui sait si dans ce nouveau cercle on ne daignera même pas lever les yeux sur le grilleur d'arachide, à plus forte raison voir sur sa langue.
MAIS POURQUOI TOUT LE MONDE DOIT ECHOUER ?
Ceci est un défi. Superposons gouvernement sur gouvernement, si nous voulons, changeons-les chaque semaine, les uns se comporteront toujours comme les autres, exactement comme si les gens étaient liés par une malédiction. Effectivement il y a une sorte de malédiction couchée dans notre constitution : Le Régime Présidentiel. Les gens ne sont pas forcément négatifs a priori, mais le type de régime dirigeant les y oblige, par principe. Par le poids de son pouvoir, puisqu'il est la force centrifuge du pays, il finit par devenir un chef sorcier entouré d'esprits malfaisants, et c'est sans alternatives ! Le décideur exclusif, le nommer totalitaire, l'homme à la signature comme un impact de création divine, chef des armées, une majorité parlementaire lèche-bottes (il s'arrange toujours pour obtenir sa majorité), une justice sclérosée, corrompue jusqu'à l'étourderie. Un régime présidentiel pur, ne peut fabriquer que des malhonnêtes à la tête d'un pays. Laurent Gbagbo opposant (d'aucuns ne voudraient le voir que dans cette assiette), n'a rien à voir avec le Président Laurent Gbagbo. ADO opposant n'aura rien à voir avec Ouattara président, car le pouvoir exclusif est un poison chez nous.
Je n'ai rien contre les hommes, mais tant que les candidats ne s'engagent pas sur la voie d'une TROISIEME REPUBLIQUE, ce qui implique un changement significatif de Constitution, nous retomberons dans les mêmes abîmes. C'est bien le nouveau son de cloche, et c'est plus qu'un défi. Le trop plein de pouvoir enivre forcement, celui qui a sa bouche dans la chair actuellement le sait, autant que ses poursuivants immédiats ou lointains. Notre salut réside dans l'avènement d'un régime pleinement Parlementaire, c'est à ce seul prix qu'on pourra aspirer à un autre miracle économique.
UN NATIONALISME DOUTEUX
Un jour, en Amphi à l'université Charles-de-Gaulle Lille3 où je faisais un master, dans le cadre d'un cours multiculturel, chaque étudiant devait présenter son pays avec sa principale caractéristique nationaliste. Du coup, je me suis retrouvé face à un trou dans ma mémoire. De l'Amphi, je me suis subitement retrouvé au pays avec pour préoccupation secrète de ramasser les faits saillants qui fédèrent les Ivoiriens et pour lesquels ils sont prêts à laisser leur vie. Ah, quelle tâche ardue ! quelle vaine errance ! Finalement revenu à moi-même, honteux et confus comme une souris sous les doigts de dame chatte, je n'ai pu leur parler que du Zouglou, Nouchi, du Couper décaler et du Garba. Imaginez mes yeux devant le Russe, l'Algérien, le Palestinien, l'Israélien, des gens qui venaient de distinguer à tour de rôle, la couleur du nationalisme tel qu'il est vécu chez eux.
Et le ridicule m'arracha mon verbe, je devins évasif, creux, atone et froid. Moi, mon nationalisme n'a rien d'épique, de poignant, et puis, le peu qu'il y a est vraiment sectaire, tout le monde ne le partage pas, il ne nous fédère pas. En témoignent les différents pans patriotiques ici et là, chacun l'interprétant selon sa propre lecture. Autrement dit, chacun a sa manière d'aimer le pays, la chose n'est donc pas uniforme. Effectivement, combien de couleurs revêt le patriotisme en Côte d'Ivoire ? C'est plus qu'un arc-en-ciel. Il aurait peut-être fallu qu'on arrachât notre Indépendance aux forceps à la France, mais il n'en fut pas le cas, elle m'a été donnée sur un plateau d'or.
A un moment donné, j'ai cru pouvoir m'échapper en m'accrochant à l'équipe nationale de football, les Eléphants. Mais en réalité, autour de cette équipe, il y a toujours des grincements de dents, des frustrations ; si on ne ‘'bétéise'' pas le débat, on le ‘'dioulaïse'' ou on le ‘'guéréise'', tout simplement. Ces nouvelles pontes barbares montrent que les choses n'y sont pas telles que l'observateur extérieur pourrait l'imaginer.
Alors, pour conclure, le libéralisme économique sied parfaitement à un pays comme la Côte d'Ivoire, puisqu'il y a eu un premier miracle. Houphouët avait donc raison. Le mal du pays ne réside nulle part que dans son choix de régime politique. Un Régime exclusivement présidentiel ne peut que fabriquer des potentats, des magnats, qui finissent comme des chefs sorciers, purement et simplement ennemis du peuple. Et quand un tel système finit par séparer les hommes, les cercles se dessinent, les conclaves se forment, les corridors ethniques se barricadent et le patriotisme devient pluriel, douteux et se chante différemment à la manière des oiseaux dans chaque arbre.
Voici donc notre troisième République en gestation dans le ventre du temps, c'est bien le temps des Ivoiriens lucides de composer un nouveau cercle patriotique, pas ce patriotisme suintant, baveux, sanglant, régionaliste, sectaire, qu'il a été donné de remarquer jusqu'ici, non. Rassemblons-nous cette foi-ci en hommes et femmes convaincus du retard accumulé et fiers de mener ce combat si noble. J'ai honte de voir mon pays à la queue des nations minables. Ouvrons nos yeux, le vent qui doit me faire vivre ne m'assomme pas dans la nuque.
Konaté Amidou Tchèbakro, Ivoirien résidant à Bruxelles,
Professeur Certifié de Lettres Modernes,
Écrivain
'Masteurant'' à l'Université Charles-de Gaule Lille3 (France)
mardi 19 mai 2009
5ème conférence du Cpc : croire ou ne pas croire?

La 5e réunion du Cadre permanent de concertation (Cpc) a clos ses travaux hier après un conclave de 3h et demi qui a permis d'arrêter un chronogramme électoral précis. Le recensement électoral en Côte d'Ivoire s'achèvera le 30 juin et la liste électorale sera publiée en septembre en vue de la présidentielle du 29 novembre. Le lendemain de l'élection présidentielle, les leaders politiques seront reçus par le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, médiateur de la crise ivoirienne, sans doute pour contraindre les perdants à reconnaître leur défaite.
Avant d'en arriver là, les com'zones des forces nouvelles devraient transmettre leur pouvoir aux préfets qui sont les représentants légaux de l'Etat le mercrdi 20 Mai 2009. Cette cérémonie, mainte fois reportée, sera l'occasion de tester la volonté des rebelles à sortir enfin de cette crise.
A l'annonce de ce calendrier, tous les ivoiriens devraient pousser un ouf de soulagement. Mais connaissant la roublardise, et la mauvaise fois des uns et des autres - choses la mieux partagée en politique selon notre cher Chef d'Etat, Laurent Gbagbo -, je reste sceptique quand au respect de ce calendrier. Trop beau pour être vrai comme le dirait l'autre.
Ce scepticisme se fonde sur le manque de sincérité des signataires de l'Apo, la lenteur du processus de désarmement des ex-combattants et la démobilisation et la réinsertion des rebelles et des milices et par le crucial problème du financement du processus de sortie de crise.
Enfin, je croise les doigts pour que ce calendrier soit respecté.
dimanche 17 mai 2009
Election présidentielle Encore une date pour la forme ?
Le dimanche 29 novembre 2009 prochain, les Ivoiriens iront aux urnes pour élire leur futur président de la République. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres du jeudi dernier après analyse des propositions de la Commission électorale indépendante (CEI). Cette structure ayant suggéré l’intervalle du 11 octobre au 06 décembre 2009 pour le premier tour du scrutin présidentiel. Dans 6 mois donc, la Côte d’Ivoire verra les élections. Promesse de Beugré Mambé, président de la CEI et son équipe estimant en l’état actuel de la situation que ces scrutins peuvent s’organiser dans le délai fixé. L’on ne peut douter de la bonne foi qui a animé les commissaires de la CEI pour le choix de cette échéance. Cependant, beaucoup de préalables fondent à émettre des réserves sur la possibilité de tenir ce pari. Certes le contexte a évolué avec les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs, mais rien n’a bougé sur le front militaire. Le pays reste divisé, tenu par deux armées répondant toujours à des commandements différents. Le redéploiement et le transfert d’autorité à l’administration préfectorale reste un casse-tête chinois. La sécurisation des élections continue d’alimenter les polémiques. Sans oublier les mauvais démons des politiques, qui se donnent déjà rendez-vous sur les listes électorales provisoires au terme des enrôlements, pour se réveiller. En principe, d’ici au 29 septembre, on devra avoir fini avec le désarmement pour une pacification totale du territoire sous le seul commandement du Centre de commandement intégré dirigé par le colonel Nicolas Kouakou. Il ne devrait plus exister alors d’armée forces nouvelles. Tous les ex-combattants de l’ex-rébellion étant censés avoir été cantonnés après remise de leurs armes aux forces impartiales commises pour la tâche. Il n’y a aucun leurre, à la vérité, à pouvoir exécuter toutes ces opérations. Cependant, les autorités ivoiriennes elles-mêmes ne le cachent pas. Elles ont des difficultés. Les caisses de l’Etat sont vides. Mêmes les opérations d’enrôlement peinent à aller jusqu’à leur terme pour les mêmes raisons. Jusqu’à ce jour, la Sagem, l’un des opérateurs en la matière, attend des dizaines de milliards pour remettre ses agents sur le terrain, notamment à l’étranger où il n’y a aucune lisibilité à ce jour sur le début desdites opérations. Sur quoi l’Etat a-t-il compté pour fixer la date du 29 novembre ? Sur la contribution de la communauté internationale ? Difficile de se fier à ces bienfaiteurs dont toutes les promesses sont restées un vœu pieux. Où va-t-on alors trouver les moyens pour tenir le pari du 29 novembre ? Pourquoi Beugré Mambé, qui n’a point voulu proposer d’échéance avant d’avoir reçu les moyens de sa politique, a-t-il finalement cédé au fétichisme des dates ? L’on se souvient encore d’avril 2008 où sous la pression de la communauté internationale, le même scénario a conduit à la fixation du délai du 30 novembre expiré il y a 6 mois sans que la moitié des opérations pour penser à des élections ait été exécutée. Encore une date pour la forme cette année, juste pour contenter ceux qui les réclament et faire baisser un tant soit peu la pression ? Tout porte à le croire, car le pari du 29 novembre 2009 ne s’annonce pas facile pour Gbagbo et Soro. Surtout qu’on ne peut encore prévoir les derniers tours de mains dans les besaces des politiques rivés sur des calculettes.
Félix D.BONY (L'inter)
dimanche 10 mai 2009
En colère, le père Marius Dayoro au Chef de l'Etat : “M. Gbagbo, pourquoi jouez-vous à cache-cache avec le peuple ?”
Très cher Président, nous voulons par notre plume, saluer l'énergie avec laquelle, vous conduisez depuis votre accession au pouvoir en 2000, les affaires de notre pays, la Côte d'Ivoire. Surtout depuis l'éclatement de la crise en 2002. Soyez-en infiniment remercié. N'empêche, qu'il faut avoir le courage de parler ouvertement de certaines choses. Cette Côte d'Ivoire, comme vous en savez mieux que quiconque, est autant malade que ses populations. Plus rien ne va. Les Ivoiriens vivent au quotidien, le cauchemar d'une existence prise au piège de l'angoisse et de la mort. Cependant, nous sommes pleins d'espérance et optimistes en des lendemains meilleurs. Et si les élections présidentielles peuvent nous y aider, pourquoi ne pas y aller ?
A ce propos, vous qui êtes à la tête de l'exécutif ivoirien, pouvez mieux comprendre l'urgence pour les Ivoiriens, d'aller aux élections. Il fut des moments où vous en parliez avec conviction. D'ailleurs, voilà ce que vous en avez dit en Mars 2008, à l'occasion d'un voyage à Béoumi:"Si vous voyez vos fils, vos cousins, dites-leur : faisons vite pour aller aux élections pour que la Côte d'Ivoire ressuscite comme Jésus est ressuscité" .
Des jours auparavant, vous disiez lors d'une interview accordée sur Onuci-Fm, à l'occasion du premier anniversaire des accords de Ouagadougou (7 Mars 2007-7 mars 2008), que : "On va faire les élections, je travaille pour qu'on les fasse en juin 2008. Mais si on ne les fait pas à cette date, ce n'est pas la mort parce qu'on ne les a pas faites en octobre 2005 et il n'y a rien eu". Nous sommes en face de deux discours opposés. Ils traduisent une profonde ambiguïté sur la date des élections. En effet, l'actualité semble nous en donner la preuve. Vous en parlez avec incertitude et laissez le peuple ivoirien dans l'ignorance. Aujourd'hui encore, la date des élections demeure un mystère pour les Ivoiriens. La presse écrite rapporte que vous demandez aux Ivoiriens d'attendre encore six (6) semaines pour connaître la date précise de la présidentielle . En un mot, les Ivoiriens sauront la date des élections en Octobre. C'est quand même impensable (…).
Des jours auparavant, vous disiez lors d'une interview accordée sur Onuci-Fm, à l'occasion du premier anniversaire des accords de Ouagadougou (7 Mars 2007-7 mars 2008), que : "On va faire les élections, je travaille pour qu'on les fasse en juin 2008. Mais si on ne les fait pas à cette date, ce n'est pas la mort parce qu'on ne les a pas faites en octobre 2005 et il n'y a rien eu". Nous sommes en face de deux discours opposés. Ils traduisent une profonde ambiguïté sur la date des élections. En effet, l'actualité semble nous en donner la preuve. Vous en parlez avec incertitude et laissez le peuple ivoirien dans l'ignorance. Aujourd'hui encore, la date des élections demeure un mystère pour les Ivoiriens. La presse écrite rapporte que vous demandez aux Ivoiriens d'attendre encore six (6) semaines pour connaître la date précise de la présidentielle . En un mot, les Ivoiriens sauront la date des élections en Octobre. C'est quand même impensable (…).
Pourquoi, jouez-vous à cache-cache avec ce peuple, qui s'est livré pour défendre votre "pouvoir" aux heures chaudes de la rébellion et des tentatives de renversement ? Pourquoi cette "attitude" qui frise la roublardise, l'ingratitude et le mépris ? Ayez pitié du peuple ivoirien, en vous souvenant particulièrement de Novembre 2004. Ayez pitié de ces jeunes hommes, de ces jeunes filles et enfants de ce pays, qui n'ont pas eu peur d'affronter les mains nues, l'envahisseur étranger lourdement armé. Ayez pitié de ces hommes et femmes de ce pays, qui vivent dans les cachots de la mort, dans l'insouciance écrasante de vos hommes et de votre entourage. Ayez pitié et défendez la cause du pauvre, de la veuve et de l'orphelin dans ce pays.
Nous estimons qu'il est de votre devoir avec l'Etat de Côte d'Ivoire, de permettre au peuple ivoirien d'aller aux élections "très rapidement", pour choisir des hommes et des femmes soucieux de son avenir, et désireux de servir vraiment la nation ivoirienne. Et non plus d'être prisonnier de ces hommes ordinaires et politiques, pris dans le tourbillon de leurs désirs effrénés et incontrôlés : argent, maisons, voitures et sexe. Ainsi, comprenez que ces élections sont pour les Ivoiriens le moyen crédible de se prononcer sur le bilan de votre gestion. De sanctionner votre pouvoir ou de le reconduire. Elles servent donc, comme le dit Kanga Balou : "A doter le pays en hommes et femmes capables d'amorcer ou de poursuivre l'œuvre de programme qu'il convient d'examiner maintenant"
Une impunité écrasante et humiliante...
Une impunité écrasante et humiliante...
En outre, cher président, nous croyons qu'il faut aller vite aux élections pour mettre un terme, à l'impunité frappante et humiliante dans notre pays. En parlant d'impunité, nous sommes navrés de vous dire, combien fut grande notre déception devant tous ces cas d'impunité que vous avez personnellement confortés. Il nous en souvient : l'affaire des déchets toxiques. Cette saleté fait à présent des morts dans nos populations à votre grande indifférence, puisque les cent (100) milliards destinés à faire la justice, ont été détournés. L'affaire est restée sans suite. Quelle honte pour la démocratie. Une autre affaire. Celle du meurtre du jeune Séa à Yopougon, lors de la marche des femmes contre la cherté de la vie, en Avril 2008. Cette fois, votre armée a fait une descente musclée, frappant et brutalisant des démocrates. Or, que faisaient-elles, sinon que dire "pacifiquement" leur ras-le-bol, et dénoncer l'exploitation de l'homme ivoirien par son frère ivoirien. Là encore, la démocratie a été freinée. Et pourtant, vous ne semblez pas ignorer que la "contestation pacifique" est un pilier de la démocratie moderne . Et si vous prétendez l'être, pourquoi tant de violences à l'endroit du peuple, véritable détenteur du pouvoir ? Enfin, une autre affaire récente, celle de la mort des 19 jeunes au stade Felix Houphouët-Boigny. Cette affaire est restée sans suite. On n'a parlé ni de coupables ni de sanctions. Or, vous convenez que dans une démocratie digne de ce nom, des têtes devraient tomber, telles le Ministre des sports, le Président de la FIF, le Directeur National de la Police, le Directeur du stade et l'interpellation des forces de l'ordre en service ce jour audit stade. Hélas, nous n'avions que nos yeux pour pleurer nos frères et nos enfants.
A l'heure actuelle, nombre d'Ivoiriens ont la conviction que votre silence est dû à votre volonté de rester et de confisquer le pouvoir. Ainsi, ceux et celles qui commettent des impairs, se trouvent dans l'impossibilité d'être relevés de leur fonction. Que c'est dommage ! Et nous qui croyions que votre "pouvoir" aurait pour finalité de servir vos frères. Et nous qui croyions que le "souverain politique que vous êtes" seriez l'intendant de la volonté et des biens du peuple. En quoi, devrons-nous croire à présent, sinon qu'en une chosification de l'homme ivoirien.
Une chosification de l'homme ivoirien
Une chosification de l'homme ivoirien
Vous êtes sans ignorer que la jeunesse ivoirienne est livrée à elle-même. Nombre de jeunes ont choisi pour vivre, la facilité (prostitution, escroquerie…). D'aucuns ont préféré la violence à la raison, comme c'est le cas en milieu scolaire et universitaire. La croissance de la pauvreté et du taux du chômage en appelle à la médiocrité. Le sida, quant à lui, progresse et fait des ravages dans notre jeunesse.
Aujourd'hui, notre jeunesse féminine se bouscule inexorablement pour séduire certains de vos hommes, dans l'espoir de leur arracher des billets de banque. Ces refondateurs comme on les appelle, friands de petites filles coquines et affamées, "banquent" sans hésitation. La capitale abidjanaise est couverte de magasins de produits cosmétiques et de vêtements, tenus par ces charmantes prédatrices. On n'hésite plus à mettre un terme à ses études pour vivre aux crochets de ces hommes. Ainsi, ils n'hésitent pas à débourser quelques millions le week-end, pour des nuits chaudes en leur compagnie. Le tout couronné de cadeaux (voitures de marque, bijoux, appartements ou maisons pour les plus chanceuses, voyages et vêtements). Vous me direz que cela ne vous concerne en rien. Bien sûr, chacun de nous est responsable de sa vie et l'entend mener comme bon lui semble. Cependant, nous voulons "seulement" savoir avec quel argent se permettent-ils ce gaspillage ? Avec quel argent a-t-on rendu ces jeunes garçons et filles propriétaires de biens? N'est-ce pas avec les deniers publics ? N'est-ce pas avec les fonds du trésor public ? En ont-ils le droit ?
Par ailleurs, c'est tout de même inconcevable que ce soit maintenant (en mai 2009), que les Ivoiriens soient informés sur les revenus de leur pétrole . Peu importe la somme. Qu'a-ton fait de cet argent ? S'en est-on servi pour améliorer le quotidien des Ivoiriens ? On pourrait répondre négativement. Il n'est que de voir la dégradation effective de nos infrastructures scolaires et universitaires, médicales, administratives, de la voirie de la ville d'Abidjan, pour s'en convaincre. On nous dira que nous étions en guerre, voilà pourquoi, rien n'a été fait. Et pourtant, vous disiez, vous-même, avoir entre les mains, la partie rentable du pays : Abidjan, avec son port, son aéroport. A cela, s'ajoutent les douanes (malgré la séparation des caisses), la filière du café et du cacao. Qu'a-t-on fait de tout cet argent ? A bien y voir de près, le peuple ivoirien, n'en a aucunement bénéficié, puisque nous ne fonctionnons qu'avec l'héritage du Président Houphouet, qui se dégrade lourdement avec l'usure du temps.
Voilà, cher Président, nous sommes on ne peut plus fatigués de cette situation désolante, dans notre pays, qui conduit à la mort. Nous voulons vivre dans la paix et faire la paix. Nous croyons que les élections présidentielles pourront nous y aider. Nous vous en prions, ne prenez pas les Ivoiriens en otage, en confisquant et en bâillonnant la démocratie. Laissez le peuple s'exprimer par ces élections. De fait, n'ayez pas peur d'y aller. Rien ne vous donne l'assurance ni de les perdre ni de les gagner. Dieu seul qui est omniscient, sait tout dans son infinie bonté.
Puisse Dieu vous éclairer en votre esprit, en votre intelligence, et surtout puissiez-vous bénéficier de sa Sagesse pour conduire le peuple ivoirien qui aspire à la vie. Avec ma profonde considération.
Père Marius DAYORO BOILEAU
Professeur de Philosophie et de Sciences Politique.
Puisse Dieu vous éclairer en votre esprit, en votre intelligence, et surtout puissiez-vous bénéficier de sa Sagesse pour conduire le peuple ivoirien qui aspire à la vie. Avec ma profonde considération.
Père Marius DAYORO BOILEAU
Professeur de Philosophie et de Sciences Politique.
Source : www.connectionivoirienne.net
samedi 2 mai 2009
Election présidentielle en 2009 : Gbagbo continue d'entretenir le doute dans l'esprit des ivoiriens
L’intervention tant attendue du chef de l’Etat Laurent Gbagbo est tombée avant-hier soir 30 juin 2009, mais a laissé confus plus d’un, quant à la tenue effective cette année de l’élection présidentielle. Au terme de sa prestation télévisée, une question demeure. L’élection présidentielle aura-t-elle, enfin lieu cette année ? Violente question, comme le dirait N'Guess Bon Sens, un chanteur tradi-moderne populaire en Côte d'Ivoire.
Dans cette intervention télévisée, le Chef de l'Etat n'a fait que poser des préalables, maintes fois ressassés par son parti, le Fpi, à la fixation de la date des élections. Préalables concernant le désarment et le processus d'identification. De qui depend la lévée de ces préalables? Les deux signataires de l'accord politique de Ouaga sont les deux têtes de l'exécutif, chargés de sa mise en oeuvre . Est-ce que le Chef de l'Etat et son Premier Ministre ont une réelle volonté de mettre fin à la grande souffrance des ivoiriens? Ni dans les propos du Chef de l'Etat, ni dans son attitude aucours de cette émission, je n'ai senti cette ferme volonté de sortir de cette situation dont les les deux camps continuent de profiter au détriment du peuple. Les ivoiriens qui espéraient être rassurés quant à la tenue effective de l'élection présidentielle en 2009 n'auront, une fois de plus, que leurs yeux pour pleurer.
Le Chef de l'Etat, en donnant l'impression que la fixation de la date de l'élection présidentielle relève de sa seule responsabilité, jette le trouble dans l'esprit des ivoiriens. Alors qu'au terme de la loi électorale, la fixation de la date appartient à la CEI. Le chef de l’Etat ne fait que signer, simplement, le projet de décret, à lui soumis par cet organe. D’où vient alors que Gbagbo veuille “ fixer la date en mai ou en juin ” alors que cela ne relève pas de ses prérogatives. En cherchant à retirer le pouvoir de fixer la date de l’élection à la CEI, Gbagbo ne donne-t-il pas du grain à moudre à ceux qui pensent qu’il ne veut pas jouer franc jeu dans cette élection ? Le chef de l’Etat veut-il donner l’impression, de vouloir aller aux élections sans pour autant les accepter en son for intérieur ? J'ai eu le sentiment d'entendre le Chef du Fpi que le Chef de l'Etat ivoirien.
Au final il serait hypothétique de parier sur la tenue effective de la présidentielle en cette année 2009.
jeudi 30 avril 2009
1er Mai : quelle utilité?
Un peu d'historique : Le samedi 1er mai 1886, à Chicago : cette date fixée par les syndicats américains et le journal anarchiste "The Alarm" afin d'organiser un mouvement revendicatif pour la journée de 8 heures, aura des conséquences inattendues pour la classe ouvrière internationale. La grève, suivie par 340 000 salariés, paralyse près de 12 000 usines à tra vers les USA. Le mouvement se poursuit les jours suivants; le 3 mai, à Chicago, un meeting se tient près des usines Mc Cormick.
Trois ans plus tard, en 1889, le congrès de l'Internationale Socialiste réuni à Paris décidera de consacrer chaque année la date du 1er mai : journée de lutte à travers le monde.
Le "1er mai" sera d'abord récupéré par la révolution bolchévique, puis par les nazis, et enfin par le régime de Vichy qui le transformera en "Fête du travail", sans jamais réussir totalement à lui enlever son origine libertaire, en 1941 par la loi Belin en faisant de ce jour un jour chôme et payé.
A l'origine quête libertaire, le 1er Mai au fil des années s'est mué en revendications corporatistes. C'est l'occasion pour les syndicats de donner leur sentiment sur la politique socio-économique du gouvernement par des marches plus ou moins impressionnates dont le clou est la remise des cahiers de doléances au gouvernement.
En Côte d'Ivoire, chaque année les centrales syndicales sacrifie à ce rituel. Depuis quelques années, chaque 1er mai les centrales syndicales présentent la même litanie de revendications contenue dans un cahier de doléances remis au chef de l'Etat qui resteront dans les tiroirs de la présidence. Et le 1er mai suivant le même scénario recommence sans que les fonctionnaires ne voient leur situation sociale évoluée d'un iota. Et les centrales syndicales restent muettes comme une carpe.
A mon sens chaque 1er mai devait être suivi de négociations avec le gouvernement sur la base des cahiers de doléances présentés par les différentes centrales au nombre de trois. Ces négociations devant déboucher sur une feuille de route sociale en priorisant les actions à entreprendre par le gouvernement pour répondre aux attentes des fonctionnaires avec la mise en place d'un comité paritaire de suivi. Ce qui aurait l'avantage de réduire de manière significative la fréquence des grèves et de redonner tout son sens au 1er Mai.
mercredi 22 avril 2009
4ème accord complémentaire à l'Apo : quel bilan?
Le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire est menacé par les intérêts économiques et politiques des signataires de l’accord politique de Ouagadougou selon le dernier rapport du groupe d'experts de l'Onu. Les échanges violents entre les deux camps autour de la compréhension et de l'application du 4ème accord complémentaire à l'Apo, par presse interposée n'est que la face visible de cet iceberg.
Article 3: Afin de favoriser l'organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du Cci et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex-belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex-combattants des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle.
Le 4ème accord complémentaire à l'Apo, sensé régler définitivement les questions militaires qui plombaient le processus de sortie de crise, a été signé le 22 décembre 2008. Après quatre mois d'application, quel bilan pouvons nous faire?
Ce 4ème accord traite de deux questions essentielles dans le processus de sortie de crise : il s'agit des questions relatives aux volets militaire et administratif de l'Apo.
Que dit le 4ème accord complémentaire des questions militaires?
Le titre II de cet accord dit en ses articles 2 ,3, 4 et 5 concernant le désarmement des ex-combattants et la mise en place de la nouvelle armée ivoirienne : "Article 2: Les deux Parties conviennent que les textes juridiques relatifs à la Nouvelle armée nationale seront élaborés et signés au plus tard dans un délai d'un mois à compter de la date de signature du présent Accord complémentaire. La mise en place effective de la Nouvelle armée nationale interviendra au plus tard un mois après l'investiture du nouveau Président de la République.
En attendant la mise en place de la Nouvelle armée nationale, le Centre de commandement intégré (Cci) poursuivra ses activités conformément aux dispositions des paragraphes 3.1.1., 3.1.2., 3.1.3, de l'Accord politique de Ouagadougou.Article 3: Afin de favoriser l'organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du Cci et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex-belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex-combattants des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle.
Article 4: Afin d'accélérer la démobilisation des Ex-combattants des Forces Nouvelles, les Parties invitent le Gouvernement à verser au Ex-combattants démobilisés une prime ou aide directe de démobilisation d'un montant de cinq cent mille (500.000) francs CFA pour solde de tout compte. En tout état de cause, la démobilisation des ex-combattants des Forces armées des forces nouvelles (Fafn) devra être achevée au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle.
Article 5: Concernant le démantèlement des milices, les deux Parties; conviennent d'entamer leur désarmement, le stockage de leurs armes et leur démobilisation sous l'autorité du Cci et sous la supervision des Forces impartiales, concomitamment avec la démobilisation des ex-combattants des Fafn. En tout état de cause le démantèlement des milices devra être achevé au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle. Afin d'accélérer le démantèlement des milices, les parties invitent le Gouvernement à verser aux miliciens démobilisés une prime ou aide directe de démobilisation d'un montant de cinq cent mille (500.000) francs CFA pour solde de tout compte."
- Les magistrats des tribunaux et des cours d'appel, nommés dans la zone Cno, prendront fonction au plus tard le 15 janvier 2009. Leurs collaborateurs seront nommés par leur ministère de tutelle et prendront service au plus tard le 15 janvier 2009 ;
- Afin de favoriser la réouverture des tribunaux dans la zone Cno et la sécurisation de l'ensemble du processus l'électoral, les deux Parties conviennent que les Fds et les Fafn mettront à la disposition du Cci des éléments de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale, comprenant des officiers de police judiciaire, conformément aux dispositions de l'article 5 du Troisième Accord complémentaire du 28 novembre 2007 ;
- Les Préfets de régions, les Préfets de départements et les Sous-préfets nommés dans la zone Cno exerceront la plénitude de leur pouvoir au plus tard le 15 janvier 2009. A cet effet, une cérémonie de passation des charges avec les Commandants de zone et les commandements de secteur sera organisée.
Article 9: Le redéploiement de l'administration fiscale et douanière sur l'ensemble du territoire national, et en particulier dans la zone CNO, débutera immédiatement après la signature du présent Accord, sous la supervision du Représentant spécial du Facilitateur.
Les Forces impartiales contribueront à la sécurisation du personnel de l'administration ainsi déployé."
Que disent les dispositions des paragraphes 3.1.1, 3.1.2 et 3.1.3 de l'Apo?
Paragraphe 3.1.1: Dans un esprit de cogestion des questions liées à la défense et à la sécurité, les deux parties ex-belligérentes conviennent de créer un Centre de Commandement intégré chargé d'unifier les forces combattantes en présence et de mettre en oeuvre les mesures de restructurations des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire.
Paragraphe 3.1.2: Le Centre de commandement intégré adoptera son organigramme et sera placé sous le commandement conjoint du Chef d'Etat Major des FANCI et du Chef d'Etat Major des FAFN. Il sera paritairement composé d'officiers désignés par les deux Chefs d'Etat Major.
Paragraphe 3.1.3: Le centre de commandement intégré aura pour missions essentielles:
- la contribution à l'élaboration de la politique de défense et de sécurité;
- la mise en oeuvre du Programme National de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (PNDDR) sous la supervision des forces impartiales;
- l'opérationnalisation des tâches militaires et de sécurité liées au processus de sortie de crise;
- la sécurisation des audiences foraines, des opérations d'identification, ainsi que la sécurité du processus électoral;
- la mise en place d'unités militaires et paramilitaires mixtes;
- la coordination des mesures visant à garantir la protection et la libre circulation des personnes et des biens sur toute l'étendu e du territoire national.
Constat: Les textes juridiques relatifs à la nouvelle armée ivoirienne ne sont pas encore signés. Le Cci n'est pas encore opérationnel. Le désarmement des ex-combatants et des milices n'est pas effectif.
Que dit le 4ème accord complémentaire des questions relatives au rétablissement de l'autorité de l'Etat et du redéploiement de l'administration sur l'ensemble du territoire national?
C'est le titre III de cet accords, en ses articles 8 et 9 qui traite de ces questions. ces articles disent ceci: "Article 8: Reconnaissant que la non réunification du pays et les lenteurs accusées dans la normalisation institutionnelle et politique constituent de sérieux obstacles à l'organisation d'élections justes, transparentes et démocratiques, les deux Parties conviennent que:
- Les agents de la fonction publique civile de l'Etat seront affectés dans la zone Centre - Nord - Ouest (Cno) par leur ministère respectif et prendront fonction au plus tard le 15 janvier 2009 ;- Les magistrats des tribunaux et des cours d'appel, nommés dans la zone Cno, prendront fonction au plus tard le 15 janvier 2009. Leurs collaborateurs seront nommés par leur ministère de tutelle et prendront service au plus tard le 15 janvier 2009 ;
- Afin de favoriser la réouverture des tribunaux dans la zone Cno et la sécurisation de l'ensemble du processus l'électoral, les deux Parties conviennent que les Fds et les Fafn mettront à la disposition du Cci des éléments de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale, comprenant des officiers de police judiciaire, conformément aux dispositions de l'article 5 du Troisième Accord complémentaire du 28 novembre 2007 ;
- Les Préfets de régions, les Préfets de départements et les Sous-préfets nommés dans la zone Cno exerceront la plénitude de leur pouvoir au plus tard le 15 janvier 2009. A cet effet, une cérémonie de passation des charges avec les Commandants de zone et les commandements de secteur sera organisée.
Article 9: Le redéploiement de l'administration fiscale et douanière sur l'ensemble du territoire national, et en particulier dans la zone CNO, débutera immédiatement après la signature du présent Accord, sous la supervision du Représentant spécial du Facilitateur.
Les Forces impartiales contribueront à la sécurisation du personnel de l'administration ainsi déployé."
Constat : A ce jour, l'autorité de l'Etat, le redéploiement de toute l'administration et l'unicité des caisses ne sont pas effectifs.
Au total aucune disposition contenue dans ce 4ème accord complémentaire à l'Apo n'a connu un début de mise en oeuvre.
Le conclave accouche d'une souris
Le conclave, dit historique, tenu par les forces nouvelles le lundi 20 avril 2009 dans leur fief de Bouaké où des décisions courageuses devaient être prises, n'a finalement rien eu d'historique. Ce fut tout simplement une banale réunion de gens qui ne sont pas prêt à faire leur part de sacrifice dans le processus de sortie de crise; une banale réunion de gens qui ne sont pas prêt à déposer les armes; une banale réunion de gens qui ne pas prêt de lâcher tous les biens et privilèges malhonnêtement acquis pendant ces années de crises; une banale réunion de gens qui ne supportent pas les critiques; une banale réunion de gens qui font tout pour retarder le processus de sortie de crise en accusant leurs adversaires d'hier, tous deux signataires de l'accord politique de Ouagadougou (Apo) qui aurait du nous faire sortir de cette crise il y a belle lurette, de mauvaise foie dans l'application de cet accord; une banale réunion au cours de laquelle aucune décision courageuse n'a été prise.
Que retenir de ce conclave très médiatisé, comme une réunion capitale dans le processus de sortie de crise? Rien, sinon que les rebelles menacent de reconsidérer leur position dans le processus de sortie de crise si l'élection présidentielle n'a pas eu lieu en 2009. Faut-il les prendre au sérieux où considérer ceci comme un coup de bluff pour distraire les ivoiriens sur leur part de responsabilité dans la mise en oeuvre de l'Apo qu'ils ont librement signé avec le camp présidentiel.
Tout ce cirque me donne l'impression que l'Apo et ses nombreux accords additionnels ne sont rien d'autres qu'une pièce de théâtre, avec comme metteurs en scène le Premier Ministre Soro Guillaume, chef des rebelles et Le Président Laurent GBagbo, où le rôle des différents acteurs est réglé comme du papier à musique.
mercredi 15 avril 2009
Venance Konan, Journaliste-écrivain : "Côte d’Ivoire: Comédie présidentielle !"
Notre pays a fini par avoir son fameux statut de pays pauvre très endetté. Pour l'occasion, notre président bien-aimé a fait un grand discours non improvisé pour une fois, c'est dire combien le sujet était important, pour nous dire en gros que nous ne devions pas gaspiller ce qu'on allait nous prêter à nouveau, qu'il fallait payer en priorité ceux à qui l'Etat devait de l'argent (comme peut-être celui qui a fait les grands travaux très indispensables pour notre pays en cette période de crise que sont les palais de l'Assemblée ou du sénat à Yamoussoukro ?). C'est compris chef, on ne gaspillera pas. Mais comme ce n'est pas nous qui décidons et qui gérons cet argent qui va venir, je ne sais pas si c'est à nous qu'il faut dire tout cela.
Il y a malheureusement 19 personnes qui ne profiteront pas de toutes les belles perspectives que nous offre notre nouveau statut de pays pauvre très endetté. Il s'agit de celles qui sont mortes au stade. Pour l'occasion aussi notre chef bien-aimé a versé de chaudes larmes. Parce que la FIFA avait demandé qu'une minute de silence soit observée sur tous les stades du monde à la mémoire de nos morts. Notre chef a dit que pour une fois on avait manifesté de la solidarité envers notre pays. Et il y avait là effectivement pour un chef d'Etat de quoi pleurer. Mais pas quand les gens sont morts écrasés au stade, pas quand des femmes qui manifestaient contre la vie chère sont tuées, pas quand des personnes meurent parce qu'on a déversé des déchets toxiques sur eux, pas quand Marcellin Yacé et tant d'autres innocents ont été tués cette nuit du 19 septembre 2002 pour s'être trouvés au mauvais moment au mauvais endroit, pas quand une bonne centaine de personnes ont été tuées en mars 2004 par des bandes qualifiées de parallèles par le ministre Bléou, pas quand Fofié a enfermé des dizaines de personnes dans des containers jusqu'à ce que mort s'ensuive, pas quand les rebelles de Soro ont assassiné des gendarmes et leurs enfants à Bouaké, pas quand on a découvert un charnier de plus de 60 corps à Yopougon en 2000, pas quand des femmes du RDR ont été violées par des forces de l'ordre en 2000, pas quand l'étudiant Habib Dodo a été sauvagement tué par des membres de la FESCI, pas quand une étudiante a été violée par des éléments de la même FESCI, pas quand Badolo a été tué par des éléments des forces de l'ordre, pas quand Guéï et ses proches ont été sauvagement assassinés. Mais quand la FIFA demande qu'on observe une minute de silence pour nos morts. Ce qu'elle fait chaque fois qu'il y a des morts sur un stade. Je crois quand même que si les autres ne manifestaient pas de la solidarité à notre égard, nous n'aurions pas eu notre statut tant envié de PPTE, et ils ne seraient pas venus s'interposer entre nous pour nous éviter de nous manger les uns les autres.
On a donc créé une commission d'enquête pour retrouver les coupables de cette tragédie que tout le monde connaît. On a même fait mieux : on a confié l'enquête au principal suspect qu'est la police. Quel résultat attendez-vous ? Je ne sais plus quel homme politique français avait dit que lorsque l'on veut enterrer une affaire, on crée une commission. Remarquez quand même qu'on n'a pas eu besoin de commission pour enterrer l'affaire des escadrons de la mort qui ont tué des dizaines de personnes au début de la crise, et celle des plus de cent personnes tuées selon l'ONU les 25 et 26 mars 2004. Au fait, il y a eu une commission qui avait été créée par l'Assemblée nationale pour trouver ceux qui ont permis que la guerre de septembre 2002 ait lieu. Cela fait plus de six ans qu'elle existe. Qu'a-t-elle trouvé ? Je suppose qu'elle continue de chercher. Généralement les présidents et les membres de ces commissions sont très bien payés. Ne vous inquiétez donc pas pour eux. Pour les morts du stade, il se passera ce qui se passe d'habitude, comme dans l'affaire des déchets toxiques par exemple, c'est-à-dire que l'on mettra au trou quelques seconds ou troisièmes couteaux, les principaux responsables ne seront pas inquiétés et l'on attendra la prochaine catastrophe. Car il y en aura d'autres, bien entendu. A quoi vous attendez-vous lorsque la corruption est la chose la mieux partagée dans un pays, lorsque la seule valeur qui compte est l'argent vite et malhonnêtement gagné, lorsque l'on a élevé le jemenfoutisme, l'irresponsabilité, la promotion de l'incompétence, l'impunité en modes de gouvernement ? Ce à quoi nous avons abouti aujourd'hui, c'est la banalisation de ce genre de drame. Et c'est bien ce qu'ont illustré nos joueurs professionnels qui sont allés tranquillement danser en boîte de nuit après les morts du stade. Combien de morts ne jalonnent-ils pas notre récente histoire ? Et quelles ont été nos réactions après ? Qu'avons-nous fait et dit après ceux que j'ai évoqués plus haut ? Combien de personnes protestent-elles devant les abus flagrants des droits de l'homme dont nous sommes tous les jours victimes ? Combien de larmes avons-nous versées devant ces violations de nos droits les plus élémentaires ? Quelles mesures prenons-nous pour que cela ne se reproduise plus comme on le fait dans les pays civilisés ? Combien de marchés n'ont-ils pas brûlé dans ce pays ? Qu'avons-nous fait pour les empêcher de brûler à nouveau ? Combien de morts n'enregistrons-nous pas sur nos routes tous les jours ? Que n'a-t-on pas dit sur le racket des policiers ? Que faisons-nous pour lutter contre cela ? N'a-t-on pas entendu dans ce pays un ministre de l'Intérieur, Yao N'dré en l'occurrence, demander aux policiers de racketter moins ?
Oublions tout cela. Le Festival de cinéma de Cannes va s'ouvrir bientôt et j'en connais un qui a de sérieuses chances de figurer dans le palmarès du meilleur comédien. Ou du meilleur comique. Notre président bien-aimé qui est un homme sérieux a dit, lors de l'inauguration d'une usine de traitement du caoutchouc quelque part vers Dabou, que notre pays était en train d'entrer dans l'ère industrielle. Que c'est beau ! C'est ce qu'on nous dit chaque fois qu'un industriel vient planter une usine chez nous. Je me souviens des délires d'un Fologo après un séjour en Italie où un certain Dambiré lui avait fait miroiter un projet magnifique judicieusement baptisé Magnificat, qui devait construire des centaines de milliers de logements, transformer nos bidonvilles en riantes cités modernes, nous procurer des centaines de milliers d'emplois entre Abidjan et Moossou. Il avait dit que ce projet magnifique devait nous faire entrer dans l'ère industrielle, qui devait être le " second miracle de la Côte d'Ivoire ", celui de Gbagbo. Ce projet s'appelait " the future of Africa. " Je ne sais pas pourquoi mais chaque fois qu'on veut nous entuber, on emploie des mots anglais. Je ne sais pas si Gbagbo a écouté Fologo lui raconter cela sans rire. Si ça se trouve, il a peut-être pleuré de joie, émotif comme il est. Je suis désolé mais lorsqu'un pays veut sérieusement entrer dans l'ère industrielle, il ne laisse pas la FESCI tuer l'école. C'est par le sérieux qu'un pays met dans la formation de sa jeunesse que l'on apprécie sa volonté d'entrer dans l'ère industrielle. Ce n'est pas par des incantations magiques que cela se produit. Ce n'est pas parce que des centaines d'entreprises s'installeront dans une zone franche à Bassam où elles ne paieront pas d'impôts que nous serions entrés dans l'ère industrielle. Non. C'est lorsque nous aurions, dans un premier temps formé suffisamment de cadres pour faire fonctionner à peu près normalement notre pays, c'est lorsque dans un second temps nous aurions formé suffisamment de cadres capables d'inventer, de créer, de transformer la matière pour résoudre nos problèmes essentiels, pour que nous utilisions d'autres énergies que nos muscles, c'est à ce moment-là, oui, que l'on pourra peut-être parler d'ère industrielle. Nous en sommes très loin. Et nous risquons de ne jamais y arriver si nous ne commençons pas par en prendre le chemin. Ce n'est ni la taille, ni le nombre de palais d'un pays qui font de lui un pays industriel. C'est la qualité de son enseignement, et la qualité de ses cadres. Houphouët-Boigny qui n'avait pas fréquenté d'université l'avait compris, lui. C'est pour cela qu'il a construit des grandes écoles à Yamoussoukro et accordé des bourses à l'étranger à tous les Ivoiriens méritants. C'est de ces grandes écoles et de ces universités étrangères que sont sortis la plupart des cadres qui font tenir encore ce pays et qui font notre fierté à l'extérieur. Est-ce avec les cancres de la FESCI ou les analphabètes de la rébellion que l'on a déversés à tous les échelons de notre administration que l'on fera entrer ce pays dans l'ère industrielle ? Il ne faut quand même pas rêver ! Ce que nous pouvions espérer était d'être classé pays pauvre très endetté, et c'est bien ce que nous avons obtenu. Mais visiblement, ce que nous apprécions le plus, c'est lorsque nous nous jouons la comédie.
Venance Konan, Journaliste-écrivain ;email : venancekonan@yahoo.fr
Il y a malheureusement 19 personnes qui ne profiteront pas de toutes les belles perspectives que nous offre notre nouveau statut de pays pauvre très endetté. Il s'agit de celles qui sont mortes au stade. Pour l'occasion aussi notre chef bien-aimé a versé de chaudes larmes. Parce que la FIFA avait demandé qu'une minute de silence soit observée sur tous les stades du monde à la mémoire de nos morts. Notre chef a dit que pour une fois on avait manifesté de la solidarité envers notre pays. Et il y avait là effectivement pour un chef d'Etat de quoi pleurer. Mais pas quand les gens sont morts écrasés au stade, pas quand des femmes qui manifestaient contre la vie chère sont tuées, pas quand des personnes meurent parce qu'on a déversé des déchets toxiques sur eux, pas quand Marcellin Yacé et tant d'autres innocents ont été tués cette nuit du 19 septembre 2002 pour s'être trouvés au mauvais moment au mauvais endroit, pas quand une bonne centaine de personnes ont été tuées en mars 2004 par des bandes qualifiées de parallèles par le ministre Bléou, pas quand Fofié a enfermé des dizaines de personnes dans des containers jusqu'à ce que mort s'ensuive, pas quand les rebelles de Soro ont assassiné des gendarmes et leurs enfants à Bouaké, pas quand on a découvert un charnier de plus de 60 corps à Yopougon en 2000, pas quand des femmes du RDR ont été violées par des forces de l'ordre en 2000, pas quand l'étudiant Habib Dodo a été sauvagement tué par des membres de la FESCI, pas quand une étudiante a été violée par des éléments de la même FESCI, pas quand Badolo a été tué par des éléments des forces de l'ordre, pas quand Guéï et ses proches ont été sauvagement assassinés. Mais quand la FIFA demande qu'on observe une minute de silence pour nos morts. Ce qu'elle fait chaque fois qu'il y a des morts sur un stade. Je crois quand même que si les autres ne manifestaient pas de la solidarité à notre égard, nous n'aurions pas eu notre statut tant envié de PPTE, et ils ne seraient pas venus s'interposer entre nous pour nous éviter de nous manger les uns les autres.
On a donc créé une commission d'enquête pour retrouver les coupables de cette tragédie que tout le monde connaît. On a même fait mieux : on a confié l'enquête au principal suspect qu'est la police. Quel résultat attendez-vous ? Je ne sais plus quel homme politique français avait dit que lorsque l'on veut enterrer une affaire, on crée une commission. Remarquez quand même qu'on n'a pas eu besoin de commission pour enterrer l'affaire des escadrons de la mort qui ont tué des dizaines de personnes au début de la crise, et celle des plus de cent personnes tuées selon l'ONU les 25 et 26 mars 2004. Au fait, il y a eu une commission qui avait été créée par l'Assemblée nationale pour trouver ceux qui ont permis que la guerre de septembre 2002 ait lieu. Cela fait plus de six ans qu'elle existe. Qu'a-t-elle trouvé ? Je suppose qu'elle continue de chercher. Généralement les présidents et les membres de ces commissions sont très bien payés. Ne vous inquiétez donc pas pour eux. Pour les morts du stade, il se passera ce qui se passe d'habitude, comme dans l'affaire des déchets toxiques par exemple, c'est-à-dire que l'on mettra au trou quelques seconds ou troisièmes couteaux, les principaux responsables ne seront pas inquiétés et l'on attendra la prochaine catastrophe. Car il y en aura d'autres, bien entendu. A quoi vous attendez-vous lorsque la corruption est la chose la mieux partagée dans un pays, lorsque la seule valeur qui compte est l'argent vite et malhonnêtement gagné, lorsque l'on a élevé le jemenfoutisme, l'irresponsabilité, la promotion de l'incompétence, l'impunité en modes de gouvernement ? Ce à quoi nous avons abouti aujourd'hui, c'est la banalisation de ce genre de drame. Et c'est bien ce qu'ont illustré nos joueurs professionnels qui sont allés tranquillement danser en boîte de nuit après les morts du stade. Combien de morts ne jalonnent-ils pas notre récente histoire ? Et quelles ont été nos réactions après ? Qu'avons-nous fait et dit après ceux que j'ai évoqués plus haut ? Combien de personnes protestent-elles devant les abus flagrants des droits de l'homme dont nous sommes tous les jours victimes ? Combien de larmes avons-nous versées devant ces violations de nos droits les plus élémentaires ? Quelles mesures prenons-nous pour que cela ne se reproduise plus comme on le fait dans les pays civilisés ? Combien de marchés n'ont-ils pas brûlé dans ce pays ? Qu'avons-nous fait pour les empêcher de brûler à nouveau ? Combien de morts n'enregistrons-nous pas sur nos routes tous les jours ? Que n'a-t-on pas dit sur le racket des policiers ? Que faisons-nous pour lutter contre cela ? N'a-t-on pas entendu dans ce pays un ministre de l'Intérieur, Yao N'dré en l'occurrence, demander aux policiers de racketter moins ?
Oublions tout cela. Le Festival de cinéma de Cannes va s'ouvrir bientôt et j'en connais un qui a de sérieuses chances de figurer dans le palmarès du meilleur comédien. Ou du meilleur comique. Notre président bien-aimé qui est un homme sérieux a dit, lors de l'inauguration d'une usine de traitement du caoutchouc quelque part vers Dabou, que notre pays était en train d'entrer dans l'ère industrielle. Que c'est beau ! C'est ce qu'on nous dit chaque fois qu'un industriel vient planter une usine chez nous. Je me souviens des délires d'un Fologo après un séjour en Italie où un certain Dambiré lui avait fait miroiter un projet magnifique judicieusement baptisé Magnificat, qui devait construire des centaines de milliers de logements, transformer nos bidonvilles en riantes cités modernes, nous procurer des centaines de milliers d'emplois entre Abidjan et Moossou. Il avait dit que ce projet magnifique devait nous faire entrer dans l'ère industrielle, qui devait être le " second miracle de la Côte d'Ivoire ", celui de Gbagbo. Ce projet s'appelait " the future of Africa. " Je ne sais pas pourquoi mais chaque fois qu'on veut nous entuber, on emploie des mots anglais. Je ne sais pas si Gbagbo a écouté Fologo lui raconter cela sans rire. Si ça se trouve, il a peut-être pleuré de joie, émotif comme il est. Je suis désolé mais lorsqu'un pays veut sérieusement entrer dans l'ère industrielle, il ne laisse pas la FESCI tuer l'école. C'est par le sérieux qu'un pays met dans la formation de sa jeunesse que l'on apprécie sa volonté d'entrer dans l'ère industrielle. Ce n'est pas par des incantations magiques que cela se produit. Ce n'est pas parce que des centaines d'entreprises s'installeront dans une zone franche à Bassam où elles ne paieront pas d'impôts que nous serions entrés dans l'ère industrielle. Non. C'est lorsque nous aurions, dans un premier temps formé suffisamment de cadres pour faire fonctionner à peu près normalement notre pays, c'est lorsque dans un second temps nous aurions formé suffisamment de cadres capables d'inventer, de créer, de transformer la matière pour résoudre nos problèmes essentiels, pour que nous utilisions d'autres énergies que nos muscles, c'est à ce moment-là, oui, que l'on pourra peut-être parler d'ère industrielle. Nous en sommes très loin. Et nous risquons de ne jamais y arriver si nous ne commençons pas par en prendre le chemin. Ce n'est ni la taille, ni le nombre de palais d'un pays qui font de lui un pays industriel. C'est la qualité de son enseignement, et la qualité de ses cadres. Houphouët-Boigny qui n'avait pas fréquenté d'université l'avait compris, lui. C'est pour cela qu'il a construit des grandes écoles à Yamoussoukro et accordé des bourses à l'étranger à tous les Ivoiriens méritants. C'est de ces grandes écoles et de ces universités étrangères que sont sortis la plupart des cadres qui font tenir encore ce pays et qui font notre fierté à l'extérieur. Est-ce avec les cancres de la FESCI ou les analphabètes de la rébellion que l'on a déversés à tous les échelons de notre administration que l'on fera entrer ce pays dans l'ère industrielle ? Il ne faut quand même pas rêver ! Ce que nous pouvions espérer était d'être classé pays pauvre très endetté, et c'est bien ce que nous avons obtenu. Mais visiblement, ce que nous apprécions le plus, c'est lorsque nous nous jouons la comédie.
Venance Konan, Journaliste-écrivain ;email : venancekonan@yahoo.fr
mercredi 8 avril 2009
Pétrole ivoirien - Les très bonnes affaires de FAKHOURY
L’architecte s’est vu confier tous les travaux du transfert de la capitale payés en pétrole à 30 dollars le baril. Soit un bonus de 58 millions d’euros. Assez pour que le FMI réclame des explications.
Les « grands travaux d’investissement de l’Etat » ivoirien ont fait au moins un bienheureux, l’architecte libano-ivoirien Pierre Fakhoury. Celui-la même qui s’est immortalisé sur l’un des vitraux de la basilique de Yamoussoukro qu’il a construite. Au total, ce sont deux protocoles d’accord, quatre avenants et douze contrats qui ont été signés entre le gouvernement ivoirien et le groupe Pierre Fakhoury Operator, PFO.
Ces différents accords confient à l’architecte les « grands travaux d’investissement de l’Etat » : le transfert de la capitale à Yamoussoukro, le pont de l’île Boulay, la voirie, les réseaux divers et les aménagements paysagers de la zone administrative et politique de Yamoussoukro, le palais de la présidence de la République à Yamoussoukro, le terrassement de la zone administrative et politique et la voie triomphale, l’Assemblée nationale et le Sénat à Yamoussoukro, la construction de l’autoroute de contournement de la ville de Yamoussoukro, la rénovation du village Ivoire Hôtel et Ivoire Trade center à Abidjan, le mémorial Félix-Houphouët Boigny à Abidjan.
Pour tous ces travaux, Fakhoury a obtenu à la fois, le contrat d’opérateur, d’études architecturales et techniques et de réalisation. Tous ces contrats n’ont fait l’objet d’aucun appel d’offres. Du gré à gré, reconnaît le Ministère de l’économie et des finances.
Coût
Quel en est le coût total ? Des centaines de milliards de francs CFA. Le futur pont qui portera le nom du président Laurent Gbagbo, est évalué entre 95 et 150 milliards CFA (144,8 millions et 228 millions d’euros) dans sa première phase, pour atteindre 700 milliards FCFA (1,06 milliard d’euros) en phase finale. Gré à gré, coût faramineux, ce n’est pas tout. Le mode de paiement est tout aussi inhabituel. Du troc. Travaux contre pétrole à un cours qui s’est révélé finalement bien plus bas que le marché. L’accord est conclu en 2005 alors que le baril de pétrole Brent est à 58,09 dollars à Londres, prévoit pour une livraison en 2008, le paiement de 30 dollars, « au risque de l’opérateur ». Mais en cas de surplus, l’opérateur encaisse quand même le tiers de la plus-value ! En 2005, était-il risqué de parier sur un baril à moins de 30 dollars ?
Toutes les précisions dans Les Afriques No 70 à paraître jeudi 9 avril.
Par Hance Guèye, Dakar
© Copyright Les Afriques
Les « grands travaux d’investissement de l’Etat » ivoirien ont fait au moins un bienheureux, l’architecte libano-ivoirien Pierre Fakhoury. Celui-la même qui s’est immortalisé sur l’un des vitraux de la basilique de Yamoussoukro qu’il a construite. Au total, ce sont deux protocoles d’accord, quatre avenants et douze contrats qui ont été signés entre le gouvernement ivoirien et le groupe Pierre Fakhoury Operator, PFO.
Ces différents accords confient à l’architecte les « grands travaux d’investissement de l’Etat » : le transfert de la capitale à Yamoussoukro, le pont de l’île Boulay, la voirie, les réseaux divers et les aménagements paysagers de la zone administrative et politique de Yamoussoukro, le palais de la présidence de la République à Yamoussoukro, le terrassement de la zone administrative et politique et la voie triomphale, l’Assemblée nationale et le Sénat à Yamoussoukro, la construction de l’autoroute de contournement de la ville de Yamoussoukro, la rénovation du village Ivoire Hôtel et Ivoire Trade center à Abidjan, le mémorial Félix-Houphouët Boigny à Abidjan.
Pour tous ces travaux, Fakhoury a obtenu à la fois, le contrat d’opérateur, d’études architecturales et techniques et de réalisation. Tous ces contrats n’ont fait l’objet d’aucun appel d’offres. Du gré à gré, reconnaît le Ministère de l’économie et des finances.
Coût
Quel en est le coût total ? Des centaines de milliards de francs CFA. Le futur pont qui portera le nom du président Laurent Gbagbo, est évalué entre 95 et 150 milliards CFA (144,8 millions et 228 millions d’euros) dans sa première phase, pour atteindre 700 milliards FCFA (1,06 milliard d’euros) en phase finale. Gré à gré, coût faramineux, ce n’est pas tout. Le mode de paiement est tout aussi inhabituel. Du troc. Travaux contre pétrole à un cours qui s’est révélé finalement bien plus bas que le marché. L’accord est conclu en 2005 alors que le baril de pétrole Brent est à 58,09 dollars à Londres, prévoit pour une livraison en 2008, le paiement de 30 dollars, « au risque de l’opérateur ». Mais en cas de surplus, l’opérateur encaisse quand même le tiers de la plus-value ! En 2005, était-il risqué de parier sur un baril à moins de 30 dollars ?
Toutes les précisions dans Les Afriques No 70 à paraître jeudi 9 avril.
Par Hance Guèye, Dakar
© Copyright Les Afriques
IMMOBILISME DANS L’APPLICATION DE L’APO La sortie de crise dangereusement compromise
Le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire est dangereusement compris depuis la passation manquée des charges entre les préfets et les commandants de zone (Com-zone), le 4 mars 2009. Les forces nouvelles qui, jusque-là, avaient montré leur détermination à faire aboutir l’Accord politique de Ouagadougou (Apo) qu’ils ont signé avec le camp présidentiel, le 4 mars 2007, font entendre un autre son de cloche tout à fait différent des engagements qu’ils ont pris. Les Hommes de Guillaume Soro, notamment sur la question du désarmement et de la passation des charges entre les com-zones et les préfets, refusent de lâcher du lest et entendent marcher à leur rythme. Malgré la décision prise le 18 Mars 2009 par le chef de l’Etat Laurent Gbagbo, de ‘’donner un coup de fouet’’ à l’application du quatrième accord complémentaire à l’Apo, les forces nouvelles campent sur leur position. A savoir, ne pas déposer les armes avant les élections. En conséquence, elles se dressent contre tous les actes qui tendent à les conduire vers le désarmement. Il y a quelques jours, le chef d’état major des forces armées des forces nouvelles (Fafn), le général Soumaïla Bakayoko opposait un refus catégorique à la proposition du général Philippe Mangou, de redéployer les forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire (Fds-ci) dans les zones sous contrôle des Fn. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire ‘’Jeune Afrique’’ paru le lundi 6 Avril 2009, le com-zone des Fn à Bouna, Ouattara Morou levait un coin de voile sur la position de l’ex-rébellion par rapport aux questions délicates de l’application du quatrième accord complémentaire. ‘’...Nous allons également remettre les clés de nos zones aux préfets, mais pas à n’importe quel prix. Le ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro souhaite passer en force. Pourquoi veut-il nous brusquer ? Il faut que les choses se passent en douceur’’ a indiqué le chef de guerre. Qui a été très clair par la suite : ‘’Quant au désarmement définitif, il sera réalisé par le président de la République issu de la prochaine élection. C’est lui qui indiquera la marche à suivre’’. Cette dernière position n’est pas celle du camp présidentiel qui continue de soutenir qu’il faut désarmer avant les élections. ‘’Il est bien difficile d’arracher les armes aux Fafn qui continuent à prélever des impôts à leur seul profit...Il faut que les Fafn renoncent à leurs avantages. Ces quelques personnes n’ont pas compris qu’elles compromettent l’avenir de millions d’Ivoiriens’’ a indiqué récemment à Bruxelles en marge de la 3éme conférence du forum progressiste mondial, le président du Front populaire ivoirien (Fpi, parti présidentiel), Pascal Affi N’guessan. Toutes ces différentes prises de position qui plongent l’application de l’Apo dans un immobilisme déconcertant, compromettent dangereusement la sortie de crise en Côte d’Ivoire. Les velléités guerrières semblent resurgir de part et d’autre. De sorte que l’on se demande si l’apparente entente entre le chef de l’Etat Laurent Gbagbo et son premier ministre Guillaume Soro (Secrétaire général des Fn) ne cache pas un réel malaise. Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, Facilitateur du dialogue direct interivoirien semble impuissant désormais face au laxisme des signataires de l’Apo qui donnent l’impression de n’avoir pas totalement évacué les sentiments de méfiance et de prudence l’un vis-à-vis de l’autre.
BAMBA Idrissa (Soir Info)
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