Le rôle des policiers selon Gbagbo Laurent

Vous êtes des policiers, vous n’êtes pas des juges... Moi, mon père était militaire et après policier, donc je connais le rôle des policiers…Vos ennemis, ce sont tous ceux qui sont contre la République.Tous ceux qui veulent installer la chienlit, le désordre. Tous ceux qui veulent troubler les élections. Battez-vous contre le désordre, contre la chienlit… Ne réfléchissez pas, ce sont les juges qui réfléchissent. Vous êtes des combattants du respect de l’ordre public. S’il y a des dégâts, les juges rétabliront tout. La République se construit avec les Forces de l’ordre, avec les forces de combat… Moi, j’ai les bras de la République. Quand le moment arrive pour que je lance mes bras, je les lance.
Matez tous ceux qui sèment le désordre et après on réfléchira … Matez, matez, tous ceux qui sont contre la République... Moi, mon père était militaire et après policier, donc je connais le rôle des policiers…Votre rôle n’est pas de réfléchir comme les juges. Ce sont les commissaires qui réfléchissent à votre place… Vous, votre rôle, c’est de mater, de mater…Le policier ne doit pas réfléchir… Il doit taper et s’il y a des erreurs, s’il y a des problèmes nous allons arranger…

Gbagbo Laurent, Chef de l'Etat ivoirien, à l'occasion de l'installation de la CRS 3 à Divo le vendredi 27 Août 2010


mardi 9 décembre 2008

Scénarios de sortie de crise pour la Côte d'Ivoire: Les quatre scénarios

La méthode des scénarios a été élaborée dans les années 70 par le groupe pétrolier Shell, pour faire face aux chocs pétroliers. Elle a, par la suite, été perfectionnée et utilisée dans plusieurs pays, à des moments cruciaux de leur histoire. Elle a, par exemple, été utilisée en 1992 en Afrique du Sud pour déterminer l'avenir économique de ce pays au sortie de l'apartheid. Elle a également été utilisée au Burundi pour aider le pays à sortir de sa crise. L'utilisation de scénarios montre bien que le futur n'est pas figé, mais plutôt susceptible d'être modelé par les décisions et actes d'individus, d'organisations et d'institutions. Cette méthode permet notamment:

  • d'être tenu en éveil devant les évènements; plus personne ne pourra dire "je ne savais pas" ou "je l'avais pas envisagé";
  • d'aller au-delà des schémas mentaux conventionnels pour imaginer le futur avec le spectre le plus large;
  • de reconnaître les signes du changement;
  • de tester la soutenabilité des stratégies en diverses circonstances.

L'élaboration des présents scénarios intervient dans un contexte où plusieurs accords de paix ont été signés par les différentes forces politiques et militaires, et même par le Président de la République pour les accords les plus récents, mais dont la mise en oeuvre connaît des difficultés, alors qu'approche la date constitutionnelle de tenue de l'élection présidentielle. Dans ce contexte, deux facteurs se distinguent clairement comme étant déterminant pour l'issue de la crise:

  • D'une part, le retour à la paix civile par la mise en oeuvre d'un processus des milices et de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des forces belligérantes et constitution d'une nouvelle armée républicaine,
  • D'autre par, le retour à une vie démocratique normale et apaisée pour récréer la cohésion sociale et permettre le redressement économique.

Quatre scénarios ont ainsi été élaborés:

Scénarios 1: "le chaos"

Accords de paix non appliqués>>>>>><<<<<  Les parties campent sur leurs positions                                                                                                                                                                      

Conséquences:

  • Pas de démantèlement des milices ni de désarmement;
  • Pas d'élections;
  • Fin du gouvernement de réconciliation;
  • Affrontements;
  • Répression, fuite des capitaux et des personnes, isolement du pays, risque de coup d'Etat, Guerre civile/exactions;
  • Accentuation de la crise sociale/économique/politique;
  • Fragmentation du pays.

Facteurs de risque

Ce scénario, "le chaos", est le pire qui puisse arriver à la Côte d'Ivoire. IL est cependant loin d'être une simple vue de l'esprit. L'évolution de la situation actuelle vers celles qu'ont connues des pays comme le Libéria, la Sierra Leone, le Rwanda ou même la Somalie est possible, aussi longtemps que la logique de guerre et l'inflexibilité dans les positions des uns et des autres demeurera.

Scénario 2: "La fuite en avant"

Accords de paix non appliqués: 

> Pas de démantèlement des milices

> Pas de désarmement

> Contestation du processus électoral

*Election en zone gouvernementale;

*Contestation des élections;

*Manifestations;

*Répression;

*Fuite des personnes et des biens/économie en déclin;

*Risque de coup d'Etat;

*Evolution vers la démocratie? ou Evolution vers le chaos.

Dans cette hypothèse, soit l'armée arrête la dérive de l'Etat et organise une vraie transition vers la démocratie, auquel cas le pays sort de ce scénario pour évoluer vers celui du redressement, soit elle décide de s'installer au pouvoir dans la durée avec suspension des institutions, des partis politiques et l'interdiction de manifester et le pays retourne au "chaos".

Facteurs de risque

Aucune des parties au conflit ne peut seule avoir raison contre tous. A trop forcer le cours des évènements sans régler les problèmes et à vouloir aller à des élections quel qu'en soit le prix, le risque est grand de basculer à tout moment vers le chaos. L'option militaire, quelle qu'en soit la nature comporte tout autant de risques, de faire évoluer le pays vers le chaos. D'une façon ou d'une autre, la fuite en avant est dangereuse.

Scénario 3: "Le redressement"

*Consensus pour une élection présidentielle libre et transparente;

*Délai raisonnable?

OUI          NON

                  Prise d'ordonnance pour les dernières lois

                 Elaboration d'un calendrier accepté par toutes les                                                                                    parties et report de l'élection

*Désarmement des forces belligérantes et démantèlement des milices;

*Réunification du pays/Redéploiement de l'administration/ Préparation des élections;

*Elections crédibles;

*Réformes constitutionnelles/Réformes économiques/Réformes sociales

§Populisme/Démagogie?     § Démocratie participative/Bonne gouvernance

>Risque de crise nouvelle       > Redressement/croissance/Paix sociale

(Fuite en avant?)

Facteurs de risque

Ce scénario supporte un réel dépassement de la part des acteurs politiques et militaires pour privilégier la paix, les intérêts et l'avenir du pays. Sa réalisation est conditionnée d'une part par le consensus politique qui doit ouvrir la porte à un désarmement et à un démantèlement des milices effectifs, et d'autre part à la mise en oeuvre de politiques macro-économiques pragmatiques.

Scénario 4: "La renaissance" 

*Consensus pour une nouvelle période de transition

OBJECTIF: Redresser l'économie, mettre en oeuvre les réformes institutionnelles avant de nouvelles élections

*Désignation de l'organe de gestion de la transition

§ Communauté internationale   --  § Gouvernement de technocrates

(Appui financier)

*Dissolution des milices/désarmement  

*Formation d'une nouvelle armée républicaine 

*Réunification du pays et réconciliation  nationale 

*Identification des personnes

*Assemblée constituante

*Nouvelle constitution     

 *Nouveau code électoral                                                         

Election libre et transparente (Fin de la transition)

                         NOUVEAU GOUVERNEMENT

  (Bonne gouvernance/Maîtrise des contraintes macro-économiques)

§ Stabilité politique et sociale  --  § Croissance économique durable

Facteurs de risque

Trois facteurs de risque importants sont à prendre en compte dans ce scénario: la nature du gouvernement de transition et sa durée, le contenu de la nouvelle constitution et les choix économiques du gouvernement issu des élections.

  1. Une transition dont le gouvernement serait l'émanation ou le choix des paris politiques ne constituerait qu'une réplique du gouvernement de réconciliation actuel, et serait de ce fait totalement contre productif. Il n'aurait ni la cohésion, ni les pouvoirs, ni l'indépendance nécessaires pour opérer de vrais changements. Il conduirait inévitablement aux scénarios 1 ou 2. Par ailleurs, s'agissant d'une  période de transition, il n'est pas exclu que les investisseurs et les acteurs économiques diffèrent leurs décisions stratégiques jusqu'à la tenue des élections, ce qui affecterait le redressement économique.
  2. Si les hommes politiques présentent la nouvelle constitution de façon aussi réductrice qu'en 2000 et si le contenu de celle-ci ne prend pas en compte les aspirations véritables du peuple, il n'est pas exclu qu'il soit la source de nouveaux conflits.
  3. Comme dans le scénario 3, les choix économiques du gouvernement issu des élections détermineront l'avenir du pays.

A chacun, après s'être imprégné de ces quatre scénarios, en fonction de son analyse et de sa compréhension de la crise ivoirienne, de dire dans quel scénario sommes nous.



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